J’ai été longtemps sans assumer le fait que j’aime bloguer, j’aime écrire, j’aime la réflexion qui vient avec, j’aime la petite interaction. J’ai été longtemps à écrire sans trop le dire, à être le Tapageur Silencieux, à garder mes distances.
Parce que tout ça n’est pas nécessairement si glorieux. Parce que ce que j’écris emprunte tant au journal intime d’une gamine. Parce que je dis bien des trucs que je ne dis pas à mon entourage. Parce que certaines réflexions troublent ma pudeur innée. Parce que ça ne fait pas mâle vigoureux. Parce que je suis con, aussi.
Alors, le dilemme était sempiternel. Déchiré entre le fait de vouloir faire lire certains trucs à certaines personnes et celui de vouloir cacher ce que je considérais comme une tare, l’inconfort était palpable. Puis parfois, j’apprenais qu’on avait découvert le blogue par différent moyen. Honnêtement, à chaque fois, il y avait toujours ce réflexe de gêne mêlée de honte. Comme un petit gars qui se fait prendre par ses parents en train de se masturber, comme un intellectuel qui se fait prendre à écouter Occupation double, comme un gars qui lift un de ses amis et qui a oublié d’enlever son CD de Marie-Mai du lecteur.
Il y a ce confort de l’anonymat. Tu écris et es jugé, c’est la mécanique inhérente aux blogues, et l’anonymat permet de garder une palissade face à tout ça. Tu peux être émotif, tu peux être cru, tu peux être méchant, tu peux être tout ce que tu veux, il n’y a pas de compte à rendre, l’immunité est quasi-totale, grisante et confortable.
Or j’ai décidé en recommençant ici que j’allais être le Tapageur oui, mais que je serais aussi Hugo Houde. Hugo Houde le petit cul qui a la chienne, celui qui s’émeut de peu, celui qui est loin d’être brillant, Hugo le p’tit gars qui essaie d’écrire avec candeur, peu importe ce que quiconque pourra en penser.
C’est difficile de cerner ce que cela peut comporter. Désormais plus que jamais, il me faut assumer. Et puis si jamais des gens du bureau viennent ici, si on se met à m’ajouter sur Facebook, si des gens de mon entourage tombaient sur cela et lisait ce que je peux parfois penser d’eux sans le dire, et bien je ferai face à la musique.
J’ignore un peu les conséquences de cela. Je relis parfois des anciens posts, à bien des égards, tout ça sert pour moi de mémoire. Si certains accumulent les albums photos, moi c’est dans mes vieux trucs griffonnés que je plonge. Je ne sais pas trop si je m’impose un filtre en n’écrivant plus comme un quidam, comme le Tapageur, comme le confortable anonyme. Possible. Au fond, ce sera juste une autre opportunité de voir comment je deal avec ce genre de truc. Et si cela vient brouiller ce qui me sert de mémoire, si j’accumule les doubles pensées, c’est que je n’ai pas encore atteint le confort avec moi-même que je désire. Ça sera un criss de wake up call.