Je suis mû par une forte curiosité. Il y a les genses. Je veux savoir ce qu’ils pensent, pourquoi ils le pensent, d’où ils viennent, comment ils sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui, ce qui les motive, ce qui les décourage, comment ils interagissent avec leur milieu et pourquoi.
Mais il y a aussi tout le reste. Il y a tout ce savoir cybernétique à portée de clic qui m’obnubile et m’émoustille. Tant de savoir disponible à de quoi faire frétiller de coïts successifs le jeune homme frêle que je suis.
Puis il y a la télévision et ses documentaires. La radio et ses émissions, ses lignes ouvertes où le peuple s’exprime. Il y a la multitude de bouquins qui regorgent d’infos, tant de biographies passionnantes, de romans géniaux. Il y a des tonnes de revues, des dossiers étoffés et des journalistes passionnés.
Et moi je suis une jeune éponge un peu fébrile et surmotivée qui essaie de tout gober au péril de ma capacité d’absorption. Jusqu’à tard dans la nuit, j’arpente le web, je visionne pléiade de tutorials YouTube, apprenant les bases de l’escrime, de la cuisine chinoise, du bowling, de l’étude de la calligraphie. J’apprends à faire des nœuds de marin, des bombes artisanales, à planter des annuelles, lire plus rapidement, à danser le flamenco et à faire une tonne de tours de cartes.
Je visionne des documentaires que je télécharge compulsivement, en apprenant sur le clitoris, la culture orientale, les origines du cannabis, le processus de création d’une secte, la fraude fiscale, la Deuxième Guerre mondiale. Je choisis mes sujets avec insouciance, ne faisant pas de réelle différence entre chacun.
Puis je m’endors très tard, repu cervicalement. Je me glisse sous l’édredon, pose ma tête sur un tas d’oreillers puis enfile mes écouteurs pour écouter la ligne ouverte de nuit qui sévit sur le réseau AM. Lentement, au son des théories du complot, des anecdotes savoureuses et des envolées vindicatrices de quidam, je trouve un peu de sommeil.
Puis je me lève assez tôt, rythme circadien de marde oblige. Je fais ma petite tournée de médias : Cyberpresse, Devoir, National Post, NY Times, Figaro, USA Today. Je lis ensuite les blogues que je suis en engloutissant un déjeuner de plus en plus sommaire plus les années passent.
Je vais ensuite à l’école où je suis mes quelques cours, prenant soin de visiter les quelques forums que je lis durant mes pauses. Dormant peu, je suis inévitablement fatigué, baillant constamment. Je fatigue, j’apprends moins vite mais je veux apprendre plus. Donc je dors encore moins.
Et la roue tourne et j’accumule une tonne de savoir inutile. J’ai souvent l’impression de gaspiller mon temps, gaspiller ma matière grise que je devrais pourtant jalousement conserver avec parcimonie, j’en ai si peu. Il y a une chiée de gens autour de moi qui sont passionnés, qui sont ferrés dans un domaine en particulier. Ils puent le savoir distillé, le savoir pur.
Et moi qui a une petite base en toute sorte de trucs, je peux converser avec plein de gens sur quantité de sujets. Je suis un caméléon. Sauf qu’au final, je n’ai pas de réelle connaissance intéressante, rien qui ne transcende vraiment la surface. Alors je suis toujours un peu à court, je suis celui qui essaie toujours d’en savoir plus, jamais celui qui peut enseigner.
Le manque d’une réelle passion, quelque chose qui me fasse tripper viscéralement explique sans doute le tout. Je n’ai toujours pas trouvé de domaine qui puisse assouvir mes divers besoins. Je butine un peu partout, à la recherche, sauf que plus le temps passe, plus j’ai l’impression que je ne trouverai pas, confiné dans un rôle de gars qui sait beaucoup mais connait si peu.