Le savoir inutile

Je suis mû par une forte curiosité. Il y a les genses. Je veux savoir ce qu’ils pensent, pourquoi ils le pensent, d’où ils viennent, comment ils sont devenus ce qu’ils sont aujourd’hui, ce qui les motive, ce qui les décourage, comment ils interagissent avec leur milieu et pourquoi.

Mais il y a aussi tout le reste. Il y a tout ce savoir cybernétique à portée de clic qui m’obnubile et m’émoustille. Tant de savoir disponible à de quoi faire frétiller de coïts successifs le jeune homme frêle que je suis.

Puis il y a la télévision et ses documentaires. La radio et ses émissions, ses lignes ouvertes où le peuple s’exprime. Il y a la multitude de bouquins qui regorgent d’infos, tant de biographies passionnantes,  de romans géniaux. Il y a des tonnes de revues, des dossiers étoffés et des journalistes passionnés.

Et moi je suis une jeune éponge un peu fébrile et surmotivée qui essaie de tout gober au péril de ma capacité d’absorption. Jusqu’à tard dans la nuit, j’arpente le web, je visionne pléiade de tutorials YouTube, apprenant les bases de l’escrime, de la cuisine chinoise, du bowling, de l’étude de la calligraphie. J’apprends à faire des nœuds de marin, des bombes artisanales, à planter des annuelles, lire plus rapidement, à danser le flamenco et à faire une tonne de tours de cartes.

Je visionne des documentaires que je télécharge compulsivement, en apprenant sur le clitoris, la culture orientale, les origines du cannabis, le processus de création d’une secte, la fraude fiscale, la Deuxième Guerre mondiale. Je choisis mes sujets avec insouciance, ne faisant pas de réelle différence entre chacun.

Puis je m’endors très tard, repu cervicalement. Je me glisse sous l’édredon, pose ma tête sur un tas d’oreillers puis enfile mes écouteurs pour écouter la ligne ouverte de nuit qui sévit sur le réseau AM. Lentement, au son des théories du complot, des anecdotes savoureuses et des envolées vindicatrices de quidam, je trouve un peu de sommeil.

Puis je me lève assez tôt, rythme circadien de marde oblige. Je fais ma petite tournée de médias : Cyberpresse, Devoir, National Post, NY Times, Figaro, USA Today. Je lis ensuite les blogues que je suis en engloutissant un déjeuner de plus en plus sommaire plus les années passent.

Je vais ensuite à l’école où je suis mes quelques cours, prenant soin de visiter les quelques forums que je lis durant mes pauses. Dormant peu, je suis inévitablement fatigué, baillant constamment. Je fatigue, j’apprends moins vite mais je veux apprendre plus. Donc je dors encore moins.

Et la roue tourne et j’accumule une tonne de savoir inutile. J’ai souvent l’impression de gaspiller mon temps, gaspiller ma matière grise que je devrais pourtant jalousement conserver avec parcimonie, j’en ai si peu. Il y a une chiée de gens autour de moi qui sont passionnés, qui sont ferrés dans un domaine en particulier. Ils puent le savoir distillé, le savoir pur.

Et moi qui a une petite base en toute sorte de trucs, je peux converser avec plein de gens sur quantité de sujets. Je suis un caméléon. Sauf qu’au final, je n’ai pas de réelle connaissance intéressante, rien qui ne transcende vraiment la surface. Alors je suis toujours un peu à court, je suis celui qui essaie toujours d’en savoir plus, jamais celui qui peut enseigner.

Le manque d’une réelle passion, quelque chose qui me fasse tripper viscéralement explique sans doute le tout. Je n’ai toujours pas trouvé de domaine qui puisse assouvir mes divers besoins. Je butine un peu partout, à la recherche, sauf que plus le temps passe, plus j’ai l’impression que je ne trouverai pas, confiné dans un rôle de gars qui sait beaucoup mais connait si peu.

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Anonymat, blogue et geekness

J’ai été longtemps sans assumer le fait que j’aime bloguer, j’aime écrire, j’aime la réflexion qui vient avec, j’aime la petite interaction. J’ai été longtemps à écrire sans trop le dire, à être le Tapageur Silencieux, à garder mes distances.

Parce que tout ça n’est pas nécessairement si glorieux. Parce que ce que j’écris emprunte tant au journal intime d’une gamine. Parce que je dis bien des trucs que je ne dis pas à mon entourage. Parce que certaines réflexions troublent ma pudeur innée. Parce que ça ne fait pas mâle vigoureux. Parce que je suis con, aussi.

Alors, le dilemme était sempiternel. Déchiré entre le fait de vouloir faire lire certains trucs à certaines personnes et celui de vouloir cacher ce que je considérais comme une tare, l’inconfort était palpable. Puis parfois, j’apprenais qu’on avait découvert le blogue par différent moyen. Honnêtement, à chaque fois, il y avait toujours ce réflexe de gêne mêlée de honte. Comme un petit gars qui se fait prendre par ses parents en train de se masturber, comme un intellectuel qui se fait prendre à écouter Occupation double, comme un gars qui lift un de ses amis et qui a oublié d’enlever son CD de Marie-Mai du lecteur.

Il y a ce confort de l’anonymat. Tu écris et es jugé, c’est la mécanique inhérente aux blogues, et l’anonymat permet de garder une palissade face à tout ça. Tu peux être émotif, tu peux être cru, tu peux être méchant, tu peux être tout ce que tu veux, il n’y a pas de compte à rendre, l’immunité est quasi-totale, grisante et confortable.

Or j’ai décidé en recommençant ici que j’allais être le Tapageur oui, mais que je serais aussi Hugo Houde. Hugo Houde le petit cul qui a la chienne, celui qui s’émeut de peu, celui qui est loin d’être brillant, Hugo le p’tit gars qui essaie d’écrire avec candeur, peu importe ce que quiconque pourra en penser.

C’est difficile de cerner ce que cela peut comporter. Désormais plus que jamais, il me faut assumer. Et puis si jamais des gens du bureau viennent ici, si on se met à m’ajouter sur Facebook, si des gens de mon entourage tombaient sur cela et lisait ce que je peux parfois penser d’eux sans le dire, et bien je ferai face à la musique.

J’ignore un peu les conséquences de cela. Je relis parfois des anciens posts, à bien des égards, tout ça sert pour moi de mémoire. Si certains accumulent les albums photos, moi c’est dans mes vieux trucs griffonnés que je plonge. Je ne sais pas trop si je m’impose un filtre en n’écrivant plus comme un quidam, comme le Tapageur, comme le confortable anonyme. Possible. Au fond, ce sera juste une autre opportunité de voir comment je deal avec ce genre de truc. Et si cela vient brouiller ce qui me sert de mémoire, si j’accumule les doubles pensées, c’est que je n’ai pas encore atteint le confort avec moi-même que je désire. Ça sera un criss de wake up call.

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PT

Parce que le temps m’échappe quelque peu ces derniers temps, je n’avais guère eu le temps de narrer mon séjour éclair en sol montréalais de mardi soir. Or par souci d’archive personnel, je procèderai, et ce, en faisant fi du désintérêt probable à ce sujet de mon si mince lectorat.

Après plusieurs jours de trépidations gamines et une dizaine de regards interloqués lorsque je disais que j’avais hâte d’aller voir Porcupine Tree (???), je suis monté à bord de la désormais légendaire T-Mobile en direction de la métropole. Aux abords, le Warrior, un guerrier d’époque cégépienne, ainsi qu’un de ses amis. Ce sera un mardi soir électrique pour ce séjour éclair far away from Ohm, nous étions survoltés, à un point tel que le Warrior s’exclama «J’ampère la boule», vous êtes maintenant au courant.

L’aller se fait plutôt bien. Il est parsemé d’anecdote de dame de 60 ans qui pète en cours de yoga, de l’écoute du dernier de Porcupine Tree, de repas englouti sauvagement au restaurant et d’un léger détour pour cueillir le cousin dudit Warrior, cousin qui fume de la tourbe. N’est-ce pas là la pire expression au MONDE?

Puis après un court périple dans le vétuste métro de la ville aux compteurs d’eau, nous arrivons sur place, au Métropolis. Déjà, la première partie est entamée, King’s X se démenant sur scène avec difficulté. Malgré un guitariste plus qu’honnête, le chanteur est d’une déplaisance consommée. Il y va d’un long discours moche sur le fait de faire ce que l’on veut dans la vie. Finalement, après une finale interminable aux allures d’agonie, il quitte la scène pour laisser place à une appréhension palpable dans la salle.

Furtivement, tels les fauves que nous sommes, nous nous faufilons à travers la masse, nous approchant lentement de la scène. Arrivés à un endroit qui nous semble stratégique, on se stationne et nous patientons. On fait connaissance avec notre entourage, entre autres, un groupe de 5-6 hommes dans la quarantaine à hétérosexualité ambivalente qui nous parlent de Riverside, un groupe polonais metallo-progressif-médiéval. Ils sont définitivement en érection, seulement, difficile de savoir si c’est la moisson de jeunes hommes fringants comme nous ou le début imminent du spectacle de PT qui leur érige la fourche ainsi.

Les lumières finissent par s’éteindre, la foule s’exclame et résonne une première note qui scinde l’air ambiant surchargé. Avoir eu des petites culottes de métal, on m’aurait entendu rouiller sur place. Le band prend place et joue sans interruption The Incident fraichement sorti en magasin. Sur la scène se trouve un gigantesque écran où est projetée sans interruption une multitude d’images franchement saisissantes durant les 55 minutes que dure cette première partie de prestation. C’est particulièrement au son de The Blind House ainsi que de Time Flies (qui n’est pas sans rappeler Dogs de Pink Floyd) que la foule s’anime. Le groupe prend ensuite une légère pause, laissant ainsi la chance à l’assistance de se ressaisir, soufflée devant un son plus qu’impeccable.

Durant la pause, j’ai encore la chance de discuter avec mes comparses fan de Riverside. Je ne sais jamais quoi penser devant des gens qui ont 40 ans sonnés et qui font preuve d’une intensité sans pareil dans les salles de spectacle, se déhanchant sans vergogne ni pudeur.

Puis sous les acclamations de la foule, PT remonte sur scène, entamant The Start of Something Beautiful, un titre fort évocateur. S’en suit entre autres Russia on Ice, peut-être ma pièce favorite du spectacle. Il y aura aussi Anesthetize ainsi que Normal (ma découverte du show, de loin). Puis après 2h30 de performance, le groupe anglais nous laisse au son de Trains, sans doute sa pièce la plus connue. Les gens sont en liesse, comblés et repus d’une telle performance.

Content, le quatuor que nous étions s’en est retourné vers le doux Longueuil, élaborant avec verve sur les points forts et les points faibles du spectacle. Le retour fut laborieux, j’étais somnolent. J’ai dû avaler quantité de Red Bull afin de durer le trajet (parce que tougher la run, ça aurait été trop d’anglicisme pour les petites natures que des mots comme odds travaillent). Vers 3h45, j’étais dans mon lit, fatigué certes, mais comblé comme une gamine après un show des Backstreet Boys.

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Au rythme des saisons, ou autre titre générique de gars chaudaille

L’équinoxe automnal cavalièrement relégué aux oubliettes, la lune continue de gober quotidiennement des minutes au soleil qui nous délaisse dans sa paresse, les journées étant ainsi plus froides et sombres. Si pour plusieurs il s’agit là d’une période de déprime passagère, pour moi, s’en est une de profondes richesses.

J’adore ces journées où l’été et l’automne valsent dans la plus belle des juxtapositions saisonnières. De voir quelques feuilles commencer à s’empourprer, d’apercevoir un écureuil gambader insouciamment en amassant les noix pour l’hiver, d’entendre les derniers chants d’oiseaux qui quitteront bientôt pour des ailleurs plus chaleureux, il y a dans ces rituels automnaux quelque chose de viscéralement réconfortant, qui vous pogne aux tripes et vous baume les plaies.

Je raffole de ces journées fraiches où il fait bon se promener aux abords du fleuve. L’air frisquet est vivifiant, il magnifie les multiples arômes typiques de cette saison si olfactive. Les effluves de bois humide et gonflé, de pommes et de cannelles, les odeurs de citrouille, de quoi s’enivrer.

Si j’aime autant l’automne, c’est surement aussi à cause de tous ces souvenirs qui y sont liés. Tout jeune, c’était à ce moment que l’on disputait les dernières parties de hockey sur surface asphaltée. La noirceur arrivant toujours un peu plus vite, c’est sous les réverbères que nous jouions le plus tard possible, combattant sans cesse les directives parentales qui, devant tant d’enthousiasme enfantin, s’assouplissant toujours un peu. Les parties se terminaient sous cieux étoilés, l’air résolument froid nous brulant les poumons, nous rendant ivres d’oxygène, secoués d’ectasie enfantine.

C’est aussi à l’automne que j’ai échangé mon premier baiser, blotti dans un module du parc du quartier avec une fille du secondaire, de quoi exciter le gamin encore au primaire que j’étais alors. J’étais revenu chez moi en courant, n’ayant que faire du froid qui régnait, mon petit cœur battant la chamade aux rythmes des bourrasques glaciales qui sévissaient.

C’est également cette saison qui m’a vu prendre mes premières bières, autour d’un feu, avec quelques amis. Le crépuscule étant encore jeune, à notre image, nous étions tous à proximité des flammes, tentant de capter un maximum de chaleur, et nous avions quelques bières obtenues de façon obscure. C’est la première fois où j’ai réellement bu de l’alcool. Ça goutait méchant mais ça goutait aussi la liberté et ça, ça c’était bon en criss.

Les souvenirs sont multiples, ils sont joyeux. Chaque automne qui vient apporte son lot d’émotion, ses amourettes, festivités et merveilles. Pendant que la nature revêt son rougeoyant veston, son blanc manteau quasi prêt à être porté, je me prends à espérer que cette année ne fera pas exception. Et ça c’est le paradoxe automnal, tant d’espoirs qui prennent vie alors que la nature, elle, se prépare à mourir, un peu, pour quelques mois.

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Contrecoups de l’arrogance

Je suis quelqu’un d’arrogant, le type un peu connard et détestable, avec une carapace ferme, mais si tendre à l’intérieur (yeah yeah). Je suis le déplaisant qui accroche sur les petites erreurs factuelles, ne laissant guère de répit à quiconque, croyant bon de rectifier le tir pour des choses ridiculement anodines.

Je suis le vil serpent qui a tôt fait de rationaliser les joies et peine d’autrui, un éteignoir un peu moche. Je me ris ouvertement des angoisses quotidiennes de chacun, toujours un peu froid devant les sursauts émotifs d’autrui. Je suis peut-être même suffisant, enfin, voyez le portrait.

Alors lorsque je commets des ratés, bévues quelconques, ou quand je me surprends à douter, à tergiverser, les appuis sont rares. Au contraire, il y a une petite joie de bonne guerre chez mes amis que je ne ménage guère. On dénote mes erreurs avec grande insistance, triomphant de voir ce petit salaud trébucher un peu, comme tout le monde dans le fond.

Or dernièrement, ça a commencé à devenir plus lourd, comme si tout devenait une compétition, constamment. Je considère être grand artisan de cette situation, de par mon attitude perçue comme hautaine et suffisante. Fair enough.

Alors, j’essaie de changer les choses, subtilement. Je me retiens souvent, garde panoplie de remarques TELLEMENT pertinentes dans mon for intérieur, tentant de me fondre à la masse plutôt que de la scinder.

Je me risque aux compliments faciles et ennuyeux, qui ont si peu de valeur à mes yeux, mais qui généralement font sourire bien des gens (how’s that for some suffisance saint esti). La réaction première est de douter de ma sincérité, pour vrai. Je suis étiqueté manipulateur, calculateur. Et ça, pourtant, je me défends bien de l’être.

Semblerait que je sois dans un cercle vicieux, incapable de changer l’image qu’on m’a accolée. J’ignore combien de temps pareil processus peut prendre ni même s’il est réaliste. Peut-être que la seule façon de faire des gains, c’est d’appliquer cette nouvelle attitude avec quiconque je rencontrerai jusqu’à noyer ces masses grouillantes de gens qui refusent de croire, ces Thomas aveugles là.

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La valeur des bidous

Dimanche dernier, seul chez moi, je me gavais de plantureuses croquettes tout en m’humectant le gosier de grandes rasades de Saporo. Encroûté dans mon divan, je regardais V, l’écran cathodique renforçant mon état catatonique : François-Étienne Paré y animait Devine combien je gagne?, un jeu au concept incroyable où un participant doit tenter de deviner le salaire de dix illustres inconnus postés devant lui.

D’une ronde à l’autre, le concurrent obtient de nouvelles informations et il gratifie l’auditoire de ses savantes hypothèses et remarques sur tout un chacun. Les jugements sont gras, faciles et sans équivoque. Ambivalent entre le vide profond de l’émission et le doux plaisir coupable d’assister à tant de jugements aussi ouvertement étalés, je continue à regarder tout de même.

L’animateur me trouble aussi. Joueur d’impro régulier et talentueux, je l’ai souvent vu à la télévision faire preuve de finesse, d’esprit et d’intelligence. Or de le voir là, visiblement hors de son domaine habituel, jure assurément. Dans cette émission où les tabous sont relégués aux oubliettes, l’hôte n’a pas honte non plus d’être transparent et d’aller chercher un chèque qui, après tout, paiera les fins de mois. Tout dans cette émission me déstabilise.

Il n’en fallait pas plus pour que pour les jours qui suivent, je jauge quiconque croisait mon chemin, évaluant sommairement leur salaire à leur simple allure. Aujourd’hui cependant, je cesse, mettons.

De plus en plus, j’ai conscience de l’importance que certaines personnes de mon entourage attribuent à l’argent. À l’aube de notre carrière professionnelle, moi et mes collègues finissants sommes à la recherche d’emploi. Plusieurs parlent beaucoup de salaire, discutent intensément de revenus, s’enquièrent avec vigueur du taux horaire de ceux qui obtiennent un contrat.

Plus que jamais, on relie performance et revenu. Probable que cela soit normal, je ne fais que constater. La recherche de la performance étant si viscérale, exhiber de hauts revenus revient à étaler une certaine réussite auprès d’une majorité de gens. Et ça, c’est moche.

Parce qu’une fois assuré d’avoir un toit stable, un repas chaque soir, des vêtements pour se couvrir un peu, quelques bouquins pris à la bouquinerie du coin et un petit rouge pris au dépanneur une fois de temps en temps, qu’est-ce qui importe vraiment? Pour moi, c’est d’avoir des amis avec qui refaire le monde, sur qui l’ont peut compter, c’est d’avoir des passions qui nous nourrissent quotidiennement, d’avoir des gens qui nous attendent le soir, à la maison, quelqu’un avec qui partager sa vie, qui nous connait plus que quiconque, et qui sait, peut-être d’avoir quelques bambins.

Parce qu’au fond, les vraies richesses sont celles qu’on aime trop pour simplement exhiber.

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Pas de service au numéro composé

Dans un monde cool et branché où vit un jeune homme dans le vent tel que ledit blogueur présent, la technologie est omniprésente. Portables, Ipods et dildos pimpés font partie du quotidien de ces damnés jeunes d’aujourd’hui. Dans pareil contexte, ne pas posséder de cellulaire relève de la grossière anomalie. Je suis de ces étranges.

C’est donc dire que passé le (ouache caca) trampoline à l’arrière de ma cour, je suis dans l’inaptitude de communiquer par voie téléphonique, coupé du monde comme Denise Bombardier. Et malgré ce cruel manque dans ma vie, j’évolue dans ce monde sans grande anicroche. Bien sûr que si jamais je suis dans un rang en région, que je fais une crevaison pendant qu’une femme accouche à l’arrière de ma T-Mobile alors même que le meilleur concours à VIE a lieu à la radio et que je connais la réponse à la question posée en onde, advenant pareil cas, je serais fourré en tabarnac. Oui.

Autrement, le fait de ne pas être joignable 24/7 ne m’infortune guère. Au contraire, ça me plait bien. Qui plus est, le fait de ne pas avoir de cellulaire m’empêche de devenir une de ces plaies du message texte. Une de ces afflictions qui écrivent une banalité en textos en même temps qu’ils te parlent, qui écrivent ouvertement en classe pendant que le professeur parle, qui pitonnent à chaque lumière rouge.

Pis ça coûte cher ces trucs-là. Pis moi, tsé, je suis pauvre.

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Le cours de yoga

Dans un grossier excès de motivation et d’enthousiasme, je me suis inscrit à la fin de l’été à un cours d’initiation au yoga athlétique avec un comparse motivé, que nous nommerons Joseph dans un minutieux souci de préserver l’anonymat du fringant jeune homme. La nature du cours étant fort propice aux regroupements de sveltes dames, il serait sot de ne pas mentionner qu’un relent hormonal postpubère est venu brouiller les cartes de la décence, nous amenant à nous inscrire.

C’est avec un peu d’appréhension et ma balloune dégonflée que j’attendais mon cours d’aujourd’hui. Ne pouvant reculer, je me suis rendu à la séance où m’attendait déjà Joseph en train de répondre consciencieusement à un questionnaire à l’aide d’un doux crayon de mini-putt. Je prends donc place sur un yoga mat, scrute les lieux et guette l’arrivée de futurEs comparses de yoga.

Lentement, la classe se remplit et les hommes sont effectivement minoritaires. Il en va de même pour les gens à IMC stratosphérique. La lumière est tamisée, l’ambiance est à la relaxation, on chuchote sans raison.

Finalement, la professeure prend la parole et débute sa séance. Lentement, on apprend à respirer adéquatement, puis on prend diverses positions. À l’avant, une fille exhibe avec indécence un g-string proéminent, ce qui n’est pas sans déstabiliser sweet Joseph au regard plus pénétrant que le membre de Ron Jeremy. Pour ma part, malgré un esprit au moins aussi pur que la noune de sœur Angèle, les obus mirobolants d’une demoiselle ne sont pas sans me nuire dans la réussite de mes poireaux, planches et autres positions là.

Et pourtant, j’ai besoin du plus de mes facultés possibles. Du haut de mes 6’3, je suis aussi flexible que la structure du show de radio de Paul Arcand. Ayant un dos d’ordinaire arqué, je peine à adopter une posture droite, c’est un peu de la marde. Malgré tout, en toute bonne foi, je fais de mon mieux et réussit à m’en tirer pas si mal. À chaque position un peu plus déplaisante, j’endure 2-3 cycles de respiration puis je me félicite en gratifiant Miss Mamelles d’un furtif regard.

Après 1h45, je n’arrive pas vraiment à dire encore si j’aime cela. Il est 2h00 et j’ai un mal de tête immense, so much pour la relaxation. Mais, mais, mais, je poursuivrai et vaincrai!

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Inégalités sociales

Dans un monde où l’on tisse une multitude de liens, où il est nécessaire d’interagir avec son entourage immédiat, où des rapports de diverses natures s’établissent entre des personnes qui se côtoient, dans un monde où on débute nos textes avec une diarrhée de banalités, les subtilités de ces relations interpersonnelles fascinent (boom, autre généralité).

Sans plus de subtils préambules, prouesses littéraires et miracles rédactionnels, j’entrerai dans le vif du sujet : l’inégalité relationnelle. Je le ferai gaiement, en saupoudrant le tout d’une bonne dose de généralisation, faisant fi ici des concepts de rigueur, de sobriété pis ces affaires-là.

Mise en situation. [Insérez un effet sonore trendy et électrisant].

Vous occupez un emploi depuis peu. Volubile, vous faites rapidement connaissance du personnel en place, distribuant les poignées de main et embrassant les bébés avec vigueur, désireux de faire bonne impression. Inévitablement, dans ce grandiose procédé social, vous prenez contact avec ce que vous ignorez alors être une personne malheureusement carencée socialement.

Et là première chose que vous savez, vous n’êtes plus capable de manger tranquillement dans la salle de pause en lisant un Djian sans qu’il vous interrompe pour vous montrer des photos de son baptême ou pour vous parlez de sa circoncision récente. Et par politesse, vous laissez le déséquilibre s’immiscer, lentement.

Pour vous, il s’agit d’un collègue de travail tant sympathique que particulier, pour lui, vous êtes un ami proche et important. Jamais aisé de gérer pareil situation. Tenter d’être autant respectueux qu’honnête sans tomber dans la complaisance relève de la gymnastique mondaine de haute voltige.

Il y a aussi ces amis/connaissances que vous voyez plus rarement. Ce n’est parfois pas évident de jauger l’importance mutuelle que vous avez dans la vie de l’autre et une disparité entre les deux me semble tricky à gérer, particulièrement plus elle est grande. Plus souvent qu’autrement, c’est tristounet et des mots de même qui amenuisent toute illusion de virilité que j’aurais pu entretenir auprès d’un quelconque lectorat féminin en liesse.

Prenant au bond la balle que je me suis auto-lancée (fluide comme ça le gamin), ce genre de situation n’est pas sans évoquer des circonstances un peu lourdes dans lesquelles ledit blogueur que je suis s’est retrouvé.

Puisque mon célibat semble être un drame national, au même titre que le décrochage scolaire massif ou l’inefficacité du système de santé, de nombreuses personnes se sont investies de la tortueuse mission de dégoter la flamme qui saura réchauffer mon cœur si froid (ou autre métaphore louche). De telle sorte que dans les derniers 2 mois, j’ai eu à faire face à quelques situations où sans m’avertir, on me settait up dans des soirées douteuses où on avait pris soin d’inviter une demoiselle à qui on avait fait lire ribambelle de mes posts.

J’apprenais donc par l’entremise de discours amphigouriques que j’étais un garçon bien gentil pis toute pis toute. Je me retrouve face à face avec des gens qui connaissent plusieurs facettes de ma personnalité, qui sont au courant de plusieurs anecdotes de mes deux dernières années tandis que moi, j’ignore tout de ces gens un peu geek qui lisent des blogues, tsé. Le rapport de force est à mon désavantage et je hais ça. Et il y a aussi ce côté « fille qui a un certain intérêt semi-fondé » vs moi qui suis juste déboussolé devant la situation. Il y a encore un débalancement relationnel.

Cela dit, c’est souvent intrinsèque à bien des relations, cette inégalité plus ou moins subtile. Que ce soit le gars au primaire qui est un peu stalker de la fille canon de l’école ou les femmes de 60 ans qui ratissent toutes les revues à potin, accumulant les infos croustillantes sur les vedettes, on ne s’en sort pas.

Parce que finir avec encore plus de banalité qu’au début, ça torche, bon.

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Titrer le tout

Je hais avoir à trouver des titres. Jamais assez punché, trop facile. Que de longues tergiversations à tenter de coiffer des textes qui, forcément, me semblent de plus en plus mauvais à chaque minute qui passe entre la fin de la rédaction et la mise en ligne qui tarde.

Si un jour je me trouvais les testicules pour essayer d’écrire un roman, trouver un titre serait probablement une des tâches les plus ardues. Je me vois, crasseux dans un chalet, la barbe rugueuse et les cheveux hirsutes, un manuscrit imprimé, soigneusement empilé sur une vieille table en bois. Et sur le dessus, une page affreusement blanche, au silence tapageur.

Et je me vois, barbouillant, griffonnant, gaspillant une tonne de feuilles à la recherche d’un titre aussi évocateur qu’esthétique en vain. Parce que choisir cinq mots est souvent bien plus difficile qu’en choisir deux milles.

Titrer un blog, pour moi, c’est encore plus complexe qu’essayer de comprendre 2-3 phrases de Dave Hilton. Alors voilà, pour celui-ci, j’ai pris le premier livre qui trainait autour de moi dans ma chambre bordélique : Windows on the World de Beigbeder. Sans rechigner, je prends une page au hasard et pointe mon frêle index sur un mot. Si j’avais été rigoureux, ce blog portrait le nom de Chaleur humide. Il y a pire me direz vous, citant une multitude de blog aux titres encore plus fades que Paul Laroque.

Toujours est-il que j’ai tenté une deuxième fois, rempli de doutes sur les réelles chances de cette technique de produire quelque chose de concluant. Finalement, boom boom. Involontairement cannibal.

J’ai flashé sur l’image, les multiples interprétations possibles et tout. Il y a un peu de moi dans ça, c’est le désir de faire sa place, mais aussi de ne pas déranger. C’est le fait de blesser d’autres sans le vouloir. C’est plein d’autres trucs que j’écrirais si je ne dormais pas debout.

Alors voilà, la petite histoire du titre pour la pérennité, et parce que, oui oui, je ne savais vraiment pas quoi écrire ce soir.

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