Les brakes collés
J’ai l’impression d’avoir écrit 20 fois sur ça. Je ne ressens rien, ou si peu. C’est surement dur à conceptualiser pour certains, cette sempiternelle zone grise émotionnelle où je baigne, car quand je regarde mon entourage, ces gens qui s’aiment ou se haïssent avec intensité, j’ai l’impression d’être un extra-terrestre.
Je suis continuellement assailli par un besoin abstrait de retenue, je me sens incapable d’être vraiment passionné. Comme si à un moment, dans mon parcours, j’avais appuyé extrêmement fort sur les freins pour m’empêcher de tomber amoureux et qu’aujourd’hui, les brakes étaient collés.
J’ai la sensation de m’enfoncer, de lentement me pervertir l’âme en me complaisant dans ma tour d’ivoire. Si ce n’était de ces flous moments de solitude qui transgresse parfois mon stoïcisme tristement viscéral, il y a un moment que j’aurais perdu espoir.
Oubliée depuis longtemps la saveur des riches relations, je me délecte aujourd’hui de trucs tièdes et fades comme le ferait un assoiffé avec une flaque de boue en plein désert. Je me contente de contacts charnels glaciaux, de fréquentations ludiques. Mes rapports sont chirurgicaux, mon sang aussi froid qu’une lame de scalpel, je dissèque bien plus que ne pénètre, mes coïts sont post-opératoires.
Et je ne sais guère comment m’en sortir. J’ai l’impression de m’être barricadé derrière de trop hermétique palissade d’une rationalité quasi hérétique. Or plus j’attends, plus j’ai l’impression que mon marasme deviendra confortable et mon malheur inévitable. L’ennui, c’est que je ne sais trop par où commencer pour m’en sortir.
Je patouille dans mes mégots de cigarettes pour m’en rouler une avant d’aller quêter sous la pluie tout en lisant ce billet que je trouve magnifique. Je saisi très bien tout ce que tu y racontes, j’aurais aimé pouvoir l’écrire.
J’égrène mon tabac soigneusement tout en pensant au confort croissant dans l’enfermement
Tiens un mégot de Gauloises, et sans rigoler, parce que ce n’est pas drôle, je me dis, Letapageur ne soit pas inquiet pour ce qui est du confort, il se fera de plus en plus ténu pour laisser place à l’inconfort, crois-moi. L’inconfort d’aujourd’hui n’est rien comparé à celui de demain.
J’allume ma clope en réfléchissant à ta question, par ou commencer pour s’en sortir?
Ma cigarette n’est qu’un mégot de mégots et je jongles encore avec mes idées.
Je pense à un bon pain, plus sa mie est tendre, plus sa croute est dure. Il en est ainsi du coeur.
Je me dis aussi pourquoi je délaisserais mon armure, pour mieux me faire blesser? non!
Par ou commencer alors?
Bien je crois que c’est déjà amorcé. Le constat que l’on ait du ériger un barrage pour bloquer le mauvais et que malheureusement, il bloque tout, même le bon, c’est un foutu bon début.
Ensuite? Tu ouvres un brin, en expliquant à l’autre que tu es blindé et que cette illusion de force n’est qu’un symptôme de ta vulnérabilité. Tu lui dis que tu as le gout d’ouvrir un peu, tout en ayant un peu peur et tu fais ce que tu dois faire pour te protéger, en lui expliquant ce que tu fais et pourquoi.
Ne délaisse pas trop tôt ton armure, elle te sert bien, une étape à la fois. Tu peux retirer ta visière et voir, la refermer au besoin, pour retenter par après, une fois qu’elle restera ouverte, tu retires un gant, tu touches, tu te fais toucher, tu ressens le plaisir du contact, et tu vois si il y a lieu de le remettre ou pas.
C’est long ces trucs là, mais lorsqu’on en est conscient, généralement les choses avancent bien.
Un beau billet pis une seule réponse, idiote, la blogosphère semble atteinte de l’H1N1.
J’ai bien aimé ta réponse, un gars, je la trouve bien écrite et songée. Maintenant, je veux bien que d’avoir constaté la situation est un bon départ mais je trouve malgré tout qu’il s’agit là d’un bien petit départ. La tâche qui me semble colossale me désespère un peu par moment. J’ai juste peur que cette armure me freine à avoir des contacts initiaux et m’empêchent ensuite d’apprivoiser lentement, comme tu l’as bien décrit.
Petit départ…
Un pas à la fois, il n’y a pas de choix, le pas qui termine un marathon est possible parce qu’il y a eu celui qui l’a amorcé, et entre les deux, il y a de la souffrance.
Tâche colossale…
Tu la voudrais facile?
Désespoir…
On peut avancer, mettre un pied devant l’autre même lorsqu’habité par un sentiment de désespoir.
Peur…
On ne meurt pas de ça même si parfois on croirait que oui.
Vas-y continues, malgré tout et tu verras bien.
Oups n’était pas si loin de toi en fin de compte… Ce n’est que sa finalité qui est différente de la tienne.
Les blessures physiques créent des cicatrices, les blessures émotives ou de l’âme créent des armures… On a beau tout faire, elles restent là. Le mieux ce n’est pas d’essayer de les enlever, mais bien de vivre avec.
Des gens qui ont eu mal et qui vivent avec des armures, il y en a plein. Des gens comme toi, il y en a plein. Dans notre société, c’est mal vu de ne rien ressentir, il faut tous faire semblant d’avoir des high de sentiments vertigineux, et si ce n’était pas si grave de seulement vivre?
Pour finir, les femmes aiment les cicatrices, c’est connu! Ça prouve que l’homme a vécu… Pour les armures, c’est pareil!