Parfois je crains ce que le futur me réserve. Je ne sais pas ce que je deviendrai, j’appréhende la personne que je serai dans une vingtaine d’années. Si je le pouvais, j’aimerais pouvoir communiquer avec celui que je suis devenu. Je ne sais pas trop ce que je lui dirais si je pouvais lui parler, surement ce genre de truc :
Salut Hugo,
Je ne sais pas trop comment tu vas réagir en lisant ça si ce n’est du fait que tu réaliseras que tu étais résolument louche il y a 20 ans. Je ne sais pas trop, j’avais peur, j’avais la crisse de chienne, alors j’avais le goût de te jaser ça.
Souvent, tard le soir, je me mets à penser à ce que tu es. Erres-tu encore à la recherche d’un sens à ta vie comme tu le faisais avec une tristesse infinie il y a deux décennies ou as-tu réussi à te trouver une certitude quelconque, quelque chose auquel te rattacher? As-tu déniché la femme infiniment intelligente que tu espérais tant? Qu’en est-il de la marmaille, est-ce que ça grouille autant que tu souhaitais chez vous?
J’ai parfois de grands rêves pour toi, j’espère le bonheur et la sérénité, j’entrevois des accomplissements notoires, je t’imagine profondément heureux. Puis il y a de ces moments plus sombres où je crains pour une multitude de trucs.
Je t’appréhende seul encore à quarante ans, rongé par la rancœur, grugé par le cynisme à outrance, la méfiance et la désillusion. D’autres fois, je te crains emmouraché par le pouvoir de l’argent, avide de toujours en obtenir plus, travaillant sans cesse et n’ayant que faire de ton entourage qui risque d’être rendu bien mince. Parfois, je redoute que tu sois devenu trop imbu, obnubilé par ta personne, entiché par le quidam que tu es, distribuant des leçons à tout le monde, particulièrement aux “jeunes”.
J’ai peur que tu regrettes la vie que je mène en ce moment. Je ne travaille pas assez, je me sens souvent coupable à ton endroit de procrastiner autant. Je n’ai pas la force de remettre en question sérieusement mes choix académiques, j’ignore si tu as vécu 10-15 années de misère professionnelle ou si plutôt j’ai fait le bon choix, tout s’est placé et tu as tripé comme tu le rêvais tout petit. N’aie pas peur de tout chambarder s’il le faut, repense à la lopette que je suis et fais mieux.
Tu écrivais souvent, j’aimerais bien que tu t’en souviennes. J’espère que tu le fais encore, que tu prends encore le temps malgré le feu roulant que doit être ta vie. Peut-être que tu as enfin trouvé le courage d’écrire quelque chose de plus substantiel qu’un blogue, mais sinon, dis toi qu’il n’est pas trop tard. Commence maintenant, allez, j’ose croire que tu as désormais assez vécu pour te sentir suffisamment pertinent.
Rappelle-toi aussi de mes amis. J’espère qu’ils sont également les tiens. Le temps vous a surement éloigné, il le fait déjà ici, à mon époque, et ça me fiche un peu la frousse. Mais aussi loin que vous soyez, je souhaite que tu puisses encore prendre le téléphone à tout moment pour les appeler, leur jaser, aller prendre une bière, ou dix. Décroche le combiné, là, tout de suite, et appelles-en-un à qui tu n’as pas parlé depuis longtemps. Les gens changent à une vitesse terrifiante ici, ce n’est surement pas différent chez vous.
Je dis que j’ai peur, mais voilà, tu me connais, je suis ridiculement orgueilleux. La vérité, c’est que je suis complètement terrifié, j’ai l’impression que mon futur, que ma vie d’adulte est de plus en plus imminente et je n’ai pas autant de contrôle sur celle-ci que je le voudrais. Je croule sous les doutes et quand j’y pense trop, les tourments sont étourdissants.
Mais malgré tout, je suis optimiste. J’ai l’impression d’avoir accès à beaucoup (trop) de voie, je ne sais pas quelle emprunter. Cependant, j’ai la conviction que la majorité d’entre elles mènent à bon port.
Tout ça est juvénile. Ne t’en fais pas, j’ai la lucidité de le réaliser. Sauf que de t’écrire comme ça, ce soir, c’était vachement bien.
Prends soin de toi, tu commences à être âgé en maudit mon vieux.
Hugo
Quel bel exercice, tout de même!
Moi aussi, je me demande ce que je pourrais bien m’écrire.
J’ai tellement peur de me décevoir moi-même…
La vie est comme un grand fleuve tranquille dans lequel on doit se laisser porter!
Come on stress freak relax…
Les années importent peu.
Le vertige des pieds sur la corde raide et le risque de chuter sans ancrage est grand.
La vie ne tient parfois qu’à quelques hauteurs.
Les auteurs savent l’habiller, mais pendant la chute, ils n’ont pas le temps de sortir la plume.
Que tu te projettes dans 20 ans, il y a là quelque chose de bien. Je n’ai pas ce cette chance.
Je n’ai pas le gout de ton billet, je l’ai survolé seulement, à peine touché.
Je n’ai pas a te dire que ton futur repose sur ton présent, c’est une vérité de la police. Quel genre de fourmi tu seras?
Tu m’as donné envie de tenter l’expérience dans l’autre sens, écrire à la Rosana de 20 ans…
Tu devrais essayer de t’écrire à toi-même aujourd’hui. Qu’est-ce que tu te dirais à toi là maintenant tout de suite? Ça a l’air un peu con mais si tu ne réfléchies pas trop et que déballes simplement ce qui vient tu seras surpris des trucs qui en ressortiront.
Ce billet là est beau à lire!