Réhabiliter le patriotisme

3 novembre 2009
by letapageur

Je suis très peu souvent sorti du Québec, je m’en confesse. J’ignore si cela ampute la validité du reste, à vous de voir, je voulais commencer en le spécifiant.

Toujours est-il qu’à chaque fois que je m’aventure au-delà des frontières québécoises, que ce soit au niveau pancanadien ou aux États-Unis, je suis frappé par la quantité de drapeaux qu’on retrouve un peu partout. Si le fanion en tant que tel est quelconque, le symbolisme dont il est porteur l’est quant à lui beaucoup moins. Pour moi, la multitude de bannières affirme un patriotisme certain. Or je crois qu’au Québec, ce patriotisme nous manque, qu’il nous faut le réhabiliter. Vous comprendrez que tout cela va bien entendu au-delà d’une simple histoire de chiffon.

Je crois qu’il faut d’abord réhabiliter le mot. Parce que le patriote, pour moi, n’est pas un souverainiste. L’un n’empêche pas l’autre, mais il ne s’agit pas de deux choses indissociables comme certains groupuscules qui s’approprient jalousement le mot à tort et à travers depuis quelques années tentent de le faire croire. Pour moi, le patriote, c’est principalement quelqu’un qui aime et chérit sa patrie avant tout. Le patriotisme, c’est une question de fierté, celle de son peuple, de ses terres et traditions. Ça va bien au dessus de tout concept constitutionnel, de nationalité ou autre. Vous restez chez nous, vous êtes avec nous, est-ce qu’on peut se dire qu’on s’aime et être fiers?

Et je ne parle pas de la fierté une fois l’an, le 24 juin. Pas celle d’un groupe de gens hétéroclites franchement réchauffés qui se prennent par les épaules en chantant du Paul Piché en se disant qu’ils s’aiment bien. Pas celle d’un jeune gelé qui brandit avec vigueur un drapeau québécois. Je parle plutôt de la fierté viscérale, celle qui s’affirme dans le quotidien, celle qui n’a pas besoin d’occasion pour être exhibée. Celle qu’on ressent lorsque l’on parle de nos origines, peu importe où que nous soyons sur la Terre. Ça devrait être une joie de dire en Europe, en Asie ou ailleurs que nous venons du Québec. Ou du Canada? C’est peut-être ça aussi, le problème.

Nous avons la patrie floue, soit. Mais au-delà du sempiternel débat souverainiste-fédéraliste, les deux camps doivent admettre plusieurs choses en commun, que ce soit le territoire, les mœurs, des accomplissements communs. Et je pense qu’il faut commencer à bâtir sur ça, rapidement.

Parce que de plus en plus, je trouve qu’on fait du Québec bashing. À la radio, dans les journaux, un peu partout, j’ai l’impression qu’on dresse des portraits exagérément sombres de notre peuple, qu’on en beurre vraiment épais et que les gens en redemandent, dans un espèce de masochisme collectif qui me dépasse. Le danger, c’est qu’à force de répéter que nous sommes nés pour un petit pain, nous finissions par le croire et ça, ça serait vraiment dommage. Pour moi, ce serait tomber dans l’obscurantisme.

Car pour moins, la corrélation est directe : la fierté mène à la réussite. J’ai l’impression que la période où nous avons été le plus fiers collectivement, c’est lors de la Révolution Tranquille. Bien sûr, il y a peut-être un problème d’origine, de poule et de l’œuf mais je crois sincèrement que la fierté réside beaucoup plus à l’origine qu’à la fin. La question nationale a ensuite scindé la population et être fier et patriote est devenu un peu plus difficile. Or depuis, c’est près du néant au niveau des réalisations.

C’est peut-être une lubie, une utopie toute adolescente, ainsi soit-il, mais j’entretiens le rêve que nous soyons collectivement patriote, du Canadien français de la Côte-Nord jusqu’à l’immigrant fraichement arrivé de Montréal.

Bien sur, la corruption ronge parfois notre système et la grosseur de ce dernier le rend sclérosé. Oui, nous sommes trop unilingues, trop endettés, pas assez éduqués. Tout ça, on le sait. En fait, on le sait en sacrament, on nous le répète ad nauseam. Maintenant, est-ce qu’on pourrait commencer à se parler de nos terres qui sont absolument magnifiques, de notre fleuve resplendissant, de notre sol si riche? On pourrait aussi crier notre bonté, nos valeurs sociales, notre créativité et notre débrouillardise.

On pourrait, collectivement, se donner le droit d’être patriote. Ne serait-ce que pour voir les choses grandioses qui en sortiront?

7 réponses leave one →
  1. 3 novembre 2009

    Malgré tout ce que j’entends régulièrement à propos des bienfaits du patriotisme, je suis toujours incapable de comprendre.
    Pour moi, ce sentiment est à la base des guerres, de l’indifférence face aux autres bouts de planète et de l’imposition des valeurs d’une société aux autres. On n’a qu’à regarder les Américains, à constater l’existence du mot «américanisé». Bon, d’accord, le Canada n’en est pas tout à fait là, mais ça n’empêche pas que notre sentiment d’appartenance à la patrie, aussi minime soit-il, nous pousse à regarder de haut les peuples dont les habitudes diffèrent des nôtres.

    Je suis d’accord, notre pays est beau, notre culture est fantastique, pis toute pis toute, mais je suis d’avis que la fierté de vivre sur ce globe bleu devrait primer. Il me semble qu’être fier de la diversité des paysages, visages et cultures terriens et que vivre en harmonie avec l’humanité complète, ça nous mènerait encore plus loin qu’être patriote.

    Et oui, je suis consciente d’être ridiculement idéaliste.

  2. 3 novembre 2009

    Je pense que le Tapageur a raison en disant que ca prend une certaine fierte afin de se regrouper ensemble pour amener notre societe a l’autre niveau. Bien qu’on est loin de parler de socialisme et de tout donner a sa patrie, je crois qu’on devrait etre fier de ce qu’on est, par notre culture, nos idees, notre facon de penser, etc, etc. Choses qui ont eu et qui ont toujours un impacte immediat sur comment notre societe fonctionne. Bref, notre patrie, notre pays, c’est nous!

    Le jour ou on commencera a etre fier de notre identitee, qu’on croira en nos capacitees, en nos idees, en ce qu’on peut faire ensemble, notre societe pourra avancer comme elle le devrait.

    Desole pour les fautes de francais.

  3. 3 novembre 2009

    Il y a quelques temps, pas si longtemps à vrai dire, je ne ressentais aucun attachement envers le Canada et le Québec. Mais après avoir passé un séjour de 4 mois et des poussières en Europe, je me suis rendu compte que notre pays a beaucoup à offrir. Les pays que j’ai visité étaient surpeuplés et dans certains j’aurais pu juré être au moyen-âge. Les idéologies ne sont pas les mêmes et les droits humains sont parfois bafoués. C’est en étant ailleurs que je me suis rendu compte à quel point on est bien chez nous.

    Cette fierté d’être Canadien Français, je ne l’aurait jamais connu si ce n’était de ce voyage. Je me désole à me dire que plusieurs gens restent encabané dans leur banlieue , et préfèrent se répété qu’on est un petit peuple. Il faut s’ouvrir à d’autres idéologies/cultures pour comprendre ce qui nous définit.

    Parce que finalement, c’est en se comparant qu’on se console, et non l’herbe n’est pas toujours plus verte chez le voisin.

  4. 4 novembre 2009
    Un gars lien permanent

    Think big osti.
    C’est quoi ce gout du collectif?
    Cet ensemble serait fait de quoi?
    D’un yes we can?
    Justement je pars en week-end, ça tombe bien.

  5. 4 novembre 2009
    Un gars lien permanent

    Joey,
    L’herbe en Angleterre et en Écosse est très verte plus qu’ici.

  6. 4 novembre 2009
    letapageur lien permanent

    Fantine: Je peux comprendre ta vision, mais moi j’ai une vision différente de toute évidence du patriotisme. Je ne le vois pas comme quelque chose de réducteur ou qui est moteur à la guerre. Je ne pense pas que le fait d’être fier de son peuple soit directement lié au fait de vouloir imposer sa vision ou autre. Je pense plutôt que le problème, c’est que certains gens essaient de se servir de cela pour en motiver d’autres à entrer en guerre. Mais j’ai l’impression que si ce n’était pas ça, ce serait autre chose. En fait, je ne vois vraiment pas le fait d’être citoyen de la Terre et patriote comme étant des choses mutuellement exclusive. C’est plutôt deux choses souhaitables qui peuvent certainement aller de pair.

    Gary: C’est vrai que nous sommes notre patrie, ce qui la forme. Et cette union, ce n’est pas nécessairement du socialisme bien que les réalisations collectives prennent souvent cette forme. En fait, je pense juste qu’il faut se trouver des projets qui nous rendront fiers et qui nous amènerons plus loin. Et le patriotisme pourrait être un moteur créateur.

    Joey: C’est peut-être bien vrai que c’est en allant ailleurs que l’on découvre ce qui nous forme, ce dont nous sommes faits. De même, je pense que c’est en se levant les manches et en fonçant comme peuple, en ne s’arrêtant pas devant les énormes défis mais bien en batissant, c’est dans la réalisation des énormes travaux qui nous attendent que nous nous définirons comme peuple comme s’est défini une génération antérieure avec cette Révolution Tranquille.

    Gars: C’est surement la jeunesse, le goût d’avoir l’impression d’avancer, de faire parti de quelque chose, d’une mouvance, quelque chose qui donne le goût d’espérer demain plutôt que de regretter hier. Et je pense que c’est ensemble, pour moi, serait très inclusif. En fait, pour moi, j’inclus quiconque qui habite sur le même territoire que moi, peu importe la couleur ou la langue et qui a le goût de mettre un peu de la sueur de son front en commun avec la mienne pour construire quelque chose à léguer pour les générations à venir.

  7. 7 novembre 2009

    Fantine: attention, nationalisme et patriotisme sont très différents – c’est le nationalisme dont tu parles, la croyance que notre nation est supérieure, qui remplit la bouche des dictateurs et les hauts-parleurs de propagande.

    Pour moi le patriotisme, c’est être fier de nos origines comme on peut être fier de nos enfants. Quand mes élèves se comportent en sauvages au point de me faire perdre confiance en moi, si je m’en sors en un morceaux, c’est en me disant que je peux ajouter à notre patrie en bâtissant une conscience constructive dans leurs têtes.

    Et si seulement un sur 100 en sort avec de quoi améliorer sa vie, ou celle d’un autre, et celle de gens d’ici, j’aurai de quoi être fier au delà de ma tombe.

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