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Le balancier de la réputation

27 octobre 2009
par letapageur

Il y eut une ère, deuxième portion du secondaire peut-être, où il y avait ce qu’on appelait dans le temps les gens cools. C’était l’époque où nous avions d’énormes et immondes chevelures, des shoes de skate sans même en faire, c’était quand nous écoutions du Goldfinger et du Bad Religion. On découvrait lentement la drogue, nous buvions de la Big Ten parce que nous avions calculé que c’était la façon la plus rentable de boire à l’aide nos gigantesques calculatrices alphanumériques, nous étions geek jusque dans notre consommation d’alcool. Il y avait donc, disais-je, une masse de gens sympas puis quelques personnes (autoproclamés) cools.

Cool et trendy parce qu’il baisait depuis déjà des années, parce qu’ils se foutaient ouvertement de la gueule des professeurs, parce qu’ils étaient baraqués et vêtus de vêtements griffés. Force est d’admettre qu’à l’époque, c’est bien souvent ce genre d’ensemble qui faisait battre le cœur des petites filles aux non petits seins. Avoir des bonnes notes, qu’elles proviennent d’innombrables d’heures d’études ou non semblait être un turn off intense.

D’un œil extérieur, je me souviens que je trouvais cela plus ou moins compréhensible. Souvent, de voir certaines filles assurément jolies, mais surtout honnêtement intelligentes agglutinées autour de gars un peu louche parce qu’il jouait au hockey ou parce que son père lui passait l’Audi me dépassait complètement.

Mais je ne perdais guère la foi. J’entretenais sans grande conviction l’espoir un peu pieux qu’un jour le vent tournerait. Avec le recul que m’apportent les quelque cinq années qui me séparent de mon bal de finissant, je crois bien que le vent a commencé à tourner. En fait, je crois que ça a commencé avec le début du CEGEP, c’est là où la finesse a commencé à être un tant soit peu trendy.

C’est en effet avec l’été fin secondaire cinq, là où l’avenir perd un peu de son flou pour tomber dans le concret, c’est au retour des classes qu’une première démarcation s’est opérée. Quand ces gars se retrouvent sur la touche, bien souvent sans diplôme, la joute est altérée.

Lentement, j’ose croire que la joute de séduction se modifie un peu. Si le physique compte toujours et c’est normal et sain, l’esprit occupe une place graduellement prépondérante, un changement de garde opère et j’aime bien.

Il y a deux étés, j’ai travaillé dans une usine de fabrication de pain. Étudiant intégré à la production, j’y ai croisé un gars avec qui j’avais suivi un cours de mathématique, le type un peu au dessus de ses affaires, l’air négligent calculé. Or il était là, sans diplôme, probablement confiné à un job exécrable pour les trente prochaines années de sa vie. J’en ai rencontré d’autres comme ça, qui bossaient 40 heures à la station-service ou à l’épicerie, errant un peu, en quelque sorte.

Je ne me réjouis pas, je trouve ça même vachement triste que quiconque de mon âge en soit à occuper un emploi ordinaire parce qu’il n’a pas complété de diplôme, trouvé un emploi qui le passionnait ou n’a pas eu d’encadrement nécessaire pour trouver une voie le fun.  Sérieusement, c’est le genre de truc que je ne souhaite à personne.

Sauf que quand j’aurais un petit gars (ou petite fille) plus tard, quand il y aura des années dures où le fait de ne pas être dans les gens dits « cools » leur apparaitra un drame, je pourrais leur dire sans mentir que bientôt, très bientôt, les rôles seront inversés. Parmi le tas de balivernes que les adultes balancent aux enfants, il y aura au moins ça de vrai.

14 commentaires leave one →
  1. 27 octobre 2009 4:04

    Tu auras beau y mettre toute ta force de conviction, ton petit gars ou ta petite fille ne te croira pas.

  2. 27 octobre 2009 8:18

    Ou pire, ils vont te croire.

  3. letapageur lien permanent*
    27 octobre 2009 1:56

    Rosana: Tu crois??

    Ours: Ça serait si mal?

  4. Un gars lien permanent
    27 octobre 2009 6:40

    Involontairement cannibal, moi tu vois je suis involontairement chiant.
    Le plus souvent à côté de tout, pour ça que je reste en marge.
    Mais ton truc à dire à l’enfant tu es sur que ce n’est pas des balivernes de grand?
    Et tu sais quand tu souffres disons d’un abcès dentaire, ça console peu de se faire dire que dans une semaine la douleur ne sera plus. Et on ne sait jamais de ce que sera fait le futur, mon présent était un futur que jamais je n’aurais imaginé dans un passé pas si lointain.

    Alors dans le drame, tais-toi et écoutes, aides les à en parler sinon tu tomberas dans la grosse morale de celui qui sait sans vraiment savoir vraiment..

    Mais je comprends tu trouves de la valorisation dans tes études supérieures et tu crois avoir accès à mieux que certains des cools d’il y a quelques années.

  5. 27 octobre 2009 9:27

    Si c’était si simple…

    Souvent, les gars geeks se matchent avec des filles geeks. Ça se résume à ça je pense. Tu sors avec du monde de ton « calibre » intellectuel, question d’avoir de quoi a se dire, sinon, à mois d’être le mec super beau, on fait tous le même combat je pense, rendu à 30 ans.

  6. 28 octobre 2009 5:37

    Le tapageur : oui, je crois. A vingt ans, tu es déjà un plouc pour les gamins de quatorze, alors imagine-toi à trente. Mais que ça ne t’empêche surtout pas de le leur dire, ça te fera du bien, et puis on ne sait jamais.
    PS: As-tu déjà imaginé que ton fils pourrait être un de ces garçons aux abdos plus musclés que le cerveau, ou ta fille une pin-up superficielle, ça fait peur, non ? Tu leur dirais quoi ?

    Un gars : quand j’ai mal, ça m’aide beaucoup de savoir que ce sera passé dans une semaine (encore mieux si c’est deux jours ou cinq minutes), pas toi ?

  7. xjanesatticx lien permanent
    29 octobre 2009 12:40

    Au secondaire… c’est pas bien sérieux comme concept « cool » et « pas cool » mais quand on est ado c’est notre moto. Entk moi ça m’a jamais dérangé d’être dans la gang des « pas cool » et c’était le cadet de mes soucis de me « caser »… alors ça rimes à quoi tout ça?
    Que les gars comme toi au CEGEP sont cool selon la définition qu’on s’en fait au secondaire? ou que le terme « cool » change au CEGEP?
    Que les geeks, les bolées sont généralement plus riche et on des carrières bien plus fleurissantes que les tarés aux vêtements greffés du secondaire??

  8. Un gars lien permanent
    29 octobre 2009 9:03

    @ Rosana…
    Oui moi aussi ça m’aide.

  9. 30 octobre 2009 5:28

    Lorsque tu es jeune, tu veux tout, tout de suite et maintenant… qu’on te dise que plus tard…bah tu t’en fou, parce que c’est là que ça se passe.

    Puis tant qu’à y être je te dirais qu’il y a probablement des pompistes pas de diplôme bien plus honorables que certaines crapules qui en ont un. Faut jamais se laisser prendre à ressentir de la tristesse pour les autres en se basant sur un critière tel que  »la jobe qu’il » parce que ça pourrait être surprenant. Des gens bien plus heureux que moi, que toi et que l’autre, il y en a dans toutes les couches de la société.

    Faut pas non plus envier les gens qui semblent avoir tout pour eux parce qu’au fond là, on a juste aucune idée de quelle journée il est en train de passer…

    Bref pour ma part, je préfère creuser un peu plus que de me fier à un cv!

  10. letapageur lien permanent*
    2 novembre 2009 2:30

    Gars: Ça n’a rien à voir avec les études supérieures. Tu ramènes toujours ça à ça. Ça a à voir avec la connerie et sur ce qu’on utilise pour juger les autres.

    Brem: Ça se peut très bien. En fait ça fait bien du sens.

    Rosana: J’y pensais en écrivant ce texte et en en discutant avec un ami dernièrement et honnêtement je serais embêté. Je pense que peu importe comment sera ma fille ou mon garçon, je vais les aimer profondément et les chérir avec intensité. Ils seront comme ils seront, je ferai du mieux que je pourrai en donnant une éducation que je considèrerai comme judicieuse. Ce ne sera pas facile, mais en même temps, j’ai hâte d’être confronté a ce genre de situation.

    Janesattic: Que tout est en mouvance et que c’est un simple constat de la nature changeante des choses. Pourquoi cette agressivité?

    Volage: Fallait bien quelqu’un pour venir spécifier que quiconque peut être heureux comme si j’étais taré. Je le sais, je suis bien assez triste pour savoir que qu’on peut être plus heureux que moi avec moins. Je soulignais juste le paradoxe. Parce que ceux qui terminent pompistes sont souvent ceux qui les jugeais négativement, indépendamment de s’ils sont aujourd’hui heureux ou non.

  11. xjanesatticx lien permanent
    2 novembre 2009 2:58

    Hmmm de l’agressivité? Nah, pourquoi j’en aurai? C’est comique ça :)

  12. letapageur lien permanent*
    2 novembre 2009 3:02

    Peut-être trop de question haha, ça donnait un air inquisiteur de fille un peu furax, mauvais impression donc.

  13. xjanesatticx lien permanent
    2 novembre 2009 3:06

    C’est vrai que y’avais beaucoup de questions héhé! Dsl ;)

  14. 5 novembre 2009 3:38

    bah t’es pas taré, un peu con certes, mais pas taré ;)

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