Je suis jeune et fou, fatigué aussi, un peu, puisque vous le demandez, cher lectorat foisonnant. Fatigué de plusieurs journées qui s’éternisent, de leur poids et des prochaines semaines qui s’annoncent déplaisantes. Je suis jeune et fou donc. Je regarde le monde, les yeux grands, tentant de tout voir. Lentement, je me forge des opinions, j’observe et juge.
Il y a une tonne de sujets que je voudrais aborder ici. Dernièrement, j’ai été saisi de l’envie d’écrire sur les enragés du français qui ont si peur de l’anglais, de discuter du passage du taux d’alcoolémie maximal dans le sang de .08 à .05, de discourir sur les municipales à venir. Or quand vient le temps de pianoter sur mon clavier, je fige.
Non pas que je n’ai guère d’opinion sur ces sujets. Dans mon quotidien, je suis plutôt volubile lorsque vient le temps d’en traiter, confrontant mon entourage avec verve et plaisir. Mais ici, niet.
C’est que les internets recèlent de tout ces gens brillants qui écrivent et discutent de ces choses. Je les lis, eux et leurs références, eux et leurs tons assurés, eux et leurs idées bien figées qui semblent si fondées, eux et leurs intransigeances. Je les lis et je suis intimidé. Parce que du haut de mes 21 ans, je prends de plus en plus conscience de mon ignorance. Alors qu’à 18 ou 19 ans, j’avais toute l’insolence de l’adolescent autoproclamé érudit, je suis aujourd’hui bien plus conscient de mon sort.
Depuis que je suis vraiment plus lucide quant à mes actions, mes pensées, désirs et autres, depuis peut-être l’âge de 7 ans donc, lorsque j’évalue ma personne de façon rétroactive, je me trouve foncièrement con. À 19 ans, j’avais l’impression d’avoir été plutôt stupide à 17 ans. Aujourd’hui, je considère que j’étais plutôt ignorant à 19 ans. Probable que dans deux ans, je considèrerais le garçon qui écrit ces lignes comme un insolent de première.
J’ai de la difficulté à jauger la signification de ces impressions périodiques. Du côté sombre, peut-être est-ce là la confirmation que je suis assez idiot. Dans le positif, probable que ça soit plutôt la preuve que j’évolue d’une certaine façon. Ce doute, ce dilemme d’interprétation a au moins le luxe d’avoir quelque peu atténué l’arrogance qui me caractérisait. Puisse-t-il toujours en être ainsi.
Ainsi, lorsque je tente d’évaluer l’intérêt ou la crédibilité de mon opinion, je suis plutôt conservateur. Lorsqu’il me prend l’envie de discuter de ces enjeux de société, il y a cette barrière qui me rattrape rapidement. Alors, je garde tout ça pour moi, mes revendications tapies au fond de moi.
Et puis, disons-le aussi, il y a cette peur du jugement d’autrui, le poids du joug de l’évaluation de parfaits inconnus sur le web, quelque chose que je m’explique mal ressentir. Mais ça, ce sera pour une autre fois. Parce que je suis fatigué, remember?
Moi qui suis nouvelle dans le monde des blogs (mais non dans le monde de la réflexion heureusement lol) je trouve que franchement tu t’en tires bien ! Il faut aussi garder une certaines indulgence face à soi-même plus jeune et moins expérimenté, comme on aurait envers un petit frère ou une petite soeur.
Pour ma part je crois ceci; “plus j’en sais, plus je sais que je sais rien”. Ça me permet de garder une certaine modestie lol Mais ce n’est pas une attitude paralysante, au contraire ça me propulse vers le monde.
“Je les lis, eux et leurs références, eux et leurs tons assurés, eux et leurs idées bien figées qui semblent si fondées, eux et leurs intransigeances.”
Il faut en prendre et en laisser avec ceux qui adoptent ce ton, il y a parfois bien du vent la-dedans lol Certain on le ton du je-sais-tout dès le matin en ouvrant la canne de viande de nourriture pour chat lol
Bien sûr, on peut-être plus compétent que d’autres dans quelques sujets, mais en général on devrait garder une ouverture d’esprit qui fasse en sorte qu’on soit capable d’en apprendre de l’autre, qui ou quoi qu’il soit.
Vraiment bien ce blog ! Je me répère ? ça doit être l’age lol
Bonne journée
I hear you. Chaque fois que je relis le truc écrit il y a un ou deux ans, je me dis: “eh merde, on revient de loin, hein”.
Ce sera toujours comme ça, il faut l’espérer! Le jour où ça n’arrivera plus, qu’on se dira “j’étais moins ignorant il y a cinq ans”, il sera temps de s’arrêter et de penser à reculer.
a+
Éléonore: J’ai de la difficulté ici à ne pas me laisser cette attitude me paralyser même si je conviens que, comme tu le dis, cela devrait plutôt servir de tremplin. Pas évident. Au moins, je pense que ça me rend bien plus spongieux à ce que les autres ont à dire et ça, c’est de plus en plus rare je trouve.
Angélus: Je peine à croire que tu aies pu écrire quelque chose de semi.
C’est bien Bob que tu sois éponge car il semble que mes propos soient quelque peu imbibant. J’espère ne pas te saturer.
Quand j’étais ado, on me disait que j’étais plus mature que mon âge. Je me sentais comme ça aussi.
Puis jeune adulte, je me croyais forte. Je me sentais invincible aussi.
Puis maintenant mi vingtaine, j’ai arrêter de me juger.
On me dit encore plus mature mais je me sens pas “plus” n’importe quoi. Je me sens juste “moi”. Différente, certes, mais pas plus mature ou moins quoique ce soit…
Ça du sens?
Gars: Pas de danger.
Janesattic: Ça fait pas mal de sens tout ça.
J’aime ta délicatesse envers moi. C’est gentil.