À travers les âges

Ça devient de plus en plus courant, on en parle sur les perrons d’église, dans les magazines de matantes, dans les chaumières et s’il y avait des gens qui lisait ici, on en parlerait aussi : les gens copulent et se fréquentent entre tranches d’âge de plus en plus disparates.

Que ce soit les dames d’expérience, les cougars, qui réussissent à s’accoupler avec de jeunes verts non déçus d’avoir du sexe avec des MILF ou des hommes aux cheveux poivre et sel pour qui la fontaine de jouvence se trouveraient dans le nectar de nymphettes, force est d’admettre que le phénomène prend de l’expansion.

Or tout ça n’est pas d’hier. Déjà au secondaire rodait pléiade de ces chasseurs à la recherche de vierge proie facile. Ils arrivaient avec leurs biceps mous et leurs camisoles défraichies au volant de bazous bruyants et rouillés. Ils repéraient aisément leur public cible, les filles un peu plus moches du lycée, et ils se faisaient aller le pinch en se gargarisant d’anecdotes de brosses épiques. Et les petites filles, impressionnées de prendre contact avec des hommes si matures (sic), n’hésitaient pas à engloutir lampées de gamètes pour se faire dire qu’elles étaient aimées.

Le tout semble s’accentuer avec le temps. Il est désormais commun de voir des couples profiter à la fois du rabais étudiant et de celui de l’âge d’or au cinéma, économisant ainsi le 6$ nécessaire pour acheter un petit pop corn et une moyenne liqueur. Et puis peut-être qu’après le référendum de l’association étudiante de mon école, ils pourront prendre la bus gratuitement ensemble dans Québec, how romantic!

Alors qu’à une époque, Nabokov choquait avec son voluptueux Lolita où l’auteur russe narrait l’histoire d’un homme d’âge mûr qui fréquentait une nymphette de 12 ans, Beigbeder publiait il y a quelques années à peine Au secours pardon où il fait l’apologie du sexe avec des gamines, où il se réclame avec véhémence du droit de coucher avec quiconque si le consentement y est. Tout ça n’a pas créé de réels remous. Signe des temps.

Je ne voudrais pas non plus devenir un de ces moralistes qui déchirent leurs chemises à tout vent, loin de moi l’idée de devenir un paneliste pour Québecor, des plans pour me faire caricaturer par le DGE.  N’empêche que j’aime bien croire qu’il est souvent plus sain de s’en tenir aux gens avec qui les affinités sont nombreuses et ça implique souvent l’âge. Cela dit, rien ne vous empêche de marier votre manager à dos de chameau et être heureux, mais…

Le phénomène est courant chez les « vedettes ». On a qu’à penser à Claude Dubois qui vient de devenir père à 60 ans, Michael Douglas et Catherine Zeta-Jones, Bruce Willis et sa fraiche concubine, les exemples sont aussi nombreux que les mentons de Jacques Demers.

Si le tout est commun dans le star système, ce qui est parfois explicable, il se répand de plus en plus dans la population et je peine cependant à cerner le fondement de tout ça. Il y a certainement des petites filles à la recherche d’un père, des hommes qui n’ont pas vécu leurs jeunesses et plein d’autres lubies que Freud aurait élaborées entre deux lignes de poudre.

Mais il y a aussi quelque chose qui pour moi demeure inexpliqué. Parce qu’aussi sot que je puisse être, une relation implique d’avoir éventuellement des enfants ou bien de vieillir ensemble, vieux, séniles et heureux. Je me vois bien plus changer les couches de mes enfants que celles de ma compagne.

Cela dit, il est malgré tout possible d’avoir des relations viables en dépit des différences d’âge. Cet été, alors que je faisais du trekking avec quelques amis, en l’occurrence le Chef, le Philosophe et le Nouveau, nous avons croisé un couple assez âgé qui arpentait la montagne avec entrain. Tout en verbe, nous entreprenons la conversation.

De fil en aiguille, dans une discussion cousue de fil blanc, le vieil homme me tisse le récit de sa vie, brode le tout d’anecdotes, et ça sans filer de mauvais coton ou faire dans la dentelle. Entre les branches, je comprends qu’ils ont quitté la Belgique il y a 50 ans, à une époque où ils avaient 35 et 15 ans. De toute évidence, ils avaient fui le jugement, fui l’assassine sentence sociale de leurs contemporains. Ce genre de relation empruntant au médiéval avait tout de l’échec imminent. Et pourtant, je les croisais, 50 ans plus tard, visiblement encore amoureux et complices. Ça m’a quand même secoué.

Il n’y a donc pas de vérité universelle. Bien sur, on peut tenter de modéliser la situation. La gigantesque équipe de recherche d’Involontairement Cannibal constituée de 15 mexicains sous payés s’est attelé à la tâche, arpentant le world wide web, faisant rouler kyrielle de programmes informatiques, prospectant sans relâche pour obtenir une formule potable. Dans le meilleur des cas, aux confins des internets, Pedro, un recherchiste affectionnant la tequila, a débusqué une tentative de modèle:

Âge minimum du concubin : n/2 +7,      où n=âge du protagoniste

De toute évidence, même la all migthy Toile échoue, au grand damne des jeunes et moins jeunes. Être prépubère et rempli d’illusion, je vous parlerais d’amour avec un grand A pis toute comme moteur décisionnel de vos relations. Mais étant un de ces salauds au cœur froid, je parlerai plutôt de raison.

Puisqu’il est difficile d’écrire conclusion sans moraliser, je serai minimaliste dans celle-ci. Nul besoin de chercher les artifices, de s’introduire dans des relations louches pour des raisons bizarres. Sondez votre cœur d’adolescent idéaliste et ainsi, l’inorthodoxe n’en sera que plus beau.

Parce que oui, dans le fond, je suis un romantique dégueulasse.

9 Commentaires

Classé dans Réflexion

9 réponses à À travers les âges

  1. Singe!

    Je crois qu’au contraire, la modernité apporte des barrières assez solides entre les “amoureux” d’âges différents. Maintenant, il y a des lois, des scandales, des articles et des blogs qui portent sur ce sujet, sur la limite de la pédophilie et de l’amour etc. Il fut un temps où personne n’aurait trouvé nécessaire d’en parler.

  2. Un gars

    Sans commentaire (façon féminisée de dire que j’ai été choqué par l’Autre gars)
    Plus sérieusement… succulent billet.

  3. L'Ours

    Et moi qui me sent moralement tourmenté de tous les côtés d’avoir des sentiments pour une étudiante, plus vieille que mon frère, qui semblait clairement me les rendre (et qui n’avait nullement besoin d’aspirer de meilleures notes) … de peur de profiter d’elle.

    Une des morales de ma semaine de vacances: fuck le conflit moral. Je sais que je ne m’en débarrasserai pas, je suis trop têtu pour ça, mais le mérite que j’accorde au concept de consentement augmente.

  4. ”engloutir lampées de gamètes pour se faire dire qu’elles étaient aimées.”

    En effet, c’est très romantique ;)

  5. Ce billet… il… il m’interpelle! ;)

  6. Fiou! Il reste encore des romantiques dégeulasses quelque part! ;)

  7. letapageur

    Singe: Notre interprétation de la situation est assez différente. Les scandales qui ont cours aujourd’hui, c’est lorsque des mineurs sont impliqués. Vrai qu’à une certaine époque, à l’époque où le cheval était le principal moyen de transport, mettons, cela ne faisait pas scandale. Je parlais plutôt de ces relations étranges en adultes consentant qui sont de plus en plus nombreuses.

    Gars: Je ne peux pas croire que l’autre gars t’a vraiment choqué là.

    Ours: C’est sur que la notion d’autorité dans la situation temporaire actuelle est poche un peu mais honnêtement, je crois de plus en plus que les réelles et belles occasions sont très très rares. Ne faudrait pas la louper pour si peu.

    Penny Lane: Le romantisme, c’est aussi d’offrir des colliers de perles séminales.

    Patrick: Ah oui?

    Volage: Et je suis sûr qu’il en reste bien plus qu’on pense.

  8. Quand on discute avec monsieur madame tout le monde, ils ont tendance à croire “qu’autrefois” la différence d’age (l’homme plus agé) était la norme, pourtant hormi les mariage de raison et politique, c’est plutôt faux. Généralement, la jeunesse aime la jeunesse.

    Aujourd’hui le sens premier du mot charivari a été oublié, mais voici ce qui en était:
    “Lorsqu’une personne âgée, homme ou femme, en épousait une beaucoup plus jeune qu’elle, il était d’usage que les voisins se rassemblassent le soir sous les fenêtres des nouveaux mariés ; là, chacun, muni de poêles, poêlons, chaudrons, etc., les frappaient rudement avec d’autres instruments de fer ; ou bien, les agitant en l’air, on heurtait à grand bruit les unes contre les autres tous ces ustensiles résonnants. Des cris perçants, des huées tumultueuses…”
    On marquait ainsi la désaprobation sociale, surtout celle des jeunes hommes qui se voyaient privés d’une conquète possible.

    Comme tu le dis si bien, il n’y a pas qu’une seule vérité et certaines de ses unions sont saines et durables… mais encore que cherchait une homme de 35 anz ches une petite fille de 15 ???

    Au Québec on a eu notre Gilles Carle et sa fidèle Chloé, un exemple réussi sans doute. Pour moi ils ont le mérite de ne pas avoir eu d’enfant sur le tard… comme Dubois là !
    Parce qu’il y a un point de vue que l’on aborde rarement : celui de l’enfant !

    je vais faire une petite digression: Charlie Chaplin:
    “Ses mariages ont défrayé la chronique américaine, en effet il a 29 ans quand il se marie avec Mildred Harris, qui en a 17 ; il en a 35 quand il épouse Lita Grey qui a 16 ans ; il a 47 ans quand il convole avec Paulette Goddard qui en a 25 ; il a 54 ans lors de son mariage avec Oona O’Neill qui en a 18. Il aura huit enfants avec sa dernière épouse”

    L’avant dernière Jane, né alors que son père à 68 ans écrivit ceci: «Excepté au dernier étage, où des nounous prenaient soin de nous, il était interdit de jouer, de crier, de courir dans les nombreuses pièces de ma maison, au risque de déranger papa qui restait des journées enfermées dans son cabinet de travail»

    Angélil aura beau laisser des millions à ses enfants, il ne sera plus là pour aimer, conseiller, guider, soutenir, rire, etc…

    Pour moi la question est là: Qui sera là dans 20 ans pour ces enfants que l’on met au monde égoistement alors qu’on devrait être des papis et des mamis gâteau ?

  9. letapageur

    Éléonore: Je prends goût à tes interventions. Si je savais que les unions entre personnes d’âges différentes se restreignaient surtout aux raisons plutôt politique, j’ignorais que cela soulevait un tollé et que le terme désignant cela était charivari. Une véritable mine de savoir ma foi.

    Cela dit, le point de l’enfant est assurément important. Si pour moi enfanter devrait être l’acte ultime d’altruisme, celui d’accepter de donner une part importante de 15-20 ans de sa vie pour donner la chance à un être de savourer ce monde aux multiples saveurs, j’ai plutôt l’impression que les hommes qui engrossent passés 60 ans le font par simple égoisme ce qui est franchement à l’opposé de l’altruisme qui fait perdurer ce monde.

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