Perdre ses exclusivités

Il y a de ces bands, de ces auteurs plutôt méconnus que je chéris jalousement. Ils sont underground et ont un rayonnement aussi sectoriel que limité. Et moi je les consomme, content de posséder ces petits secrets artistiques.

Bien sur, j’en parle abondamment à mon entourage, content de pouvoir prêcher la bonne nouvelle. J’essaie d’être incitatif un max mais je pense qu’auprès de plusieurs, je suis aussi crédible que Peter Macleod l’est comme comédien. Alors je peux continuer à apprécier ces contrairement tout seul dans mon coin.

Contrairement à ce que certains de mes amis disciples de Kanye West ou tripeux de John Grisham peuvent penser, j’ai parfois suffisamment de goût pour que mes quelques trésors cachés percent au grand jour.

Or quand ça arrive, ça me fait plutôt chier. Je trouve ça dommage. Je devrais me réjouir que cette personne réussisse à percer, d’autant plus que je la considère talentueuse. Mais voilà, je trouve ça dommage de perdre ce sentiment d’exclusivité et, de surcroît, je me sens cheap de ne pas être content pour l’artiste.

Et puis si j’arrive à la librairie pour me procurer le dernier bouquin d’un auteur qui vient de passer à Tout le monde en parle, j’ai l’impression d’être un suiveux. Même si je possède 7 autres romans de l’écrivain en question, je ne peux m’empêcher de me dire que la sexy vendeuse me percevra comme ce jeunot qui tripe sur les mêmes ouvrages que feu-le-gars-drôle-de-RBO. Et ça, c’est insupportable. Oui oui.

7 Commentaires

Classé dans Banalité

7 réponses à Perdre ses exclusivités

  1. Un gars

    Moi je vois dans ton billet le thème de la marginalité et celle de la norm alité.
    Que la marge, prétendue, fasse tout à coup dans le chic, il y a quelque chose de déstabilisant. Passer de brebis galeuse à mouton suiveux, ça sonne un peu.
    Mais personnellement je suis bien extrémiste sur la notion de marginalité que j’utilise très rarement, en fait. Je trouve qu’on la sert à toutes les sauces. À entendre, la plupart des gens sont marginaux ou délinquants, mais dans les faits, bien peu le sont vraiment.
    Reste la créativité, l’originalité, la capacité de générer un nouveau sens, de jeter un éclairage sur des zones laissées dans l’ombre…ça ce n’est pas de la marginalité mais de l’originalité selon ma terminologie, ou de l’intelligence.

    La vrai marginalité reste en marge, elle n’occupe jamais le cadre.
    Ainsi aujourd’hui, j’étais enraciné sur le pavé uni bordant le trottoir, une passante s’est mise en marge pour me parler de sa théorie de l’univers. Elle m’a abordé en me demandant qui crois-tu a la position la plus difficile, moi qui du haut te remet de la monnaie, ou toi qui du bas l’a reçoit? Et elle m’a expliqué son truc.

    Je me perds mais ce billet est stimulant pour les neurones.
    En fait la marginalité, je n’y crois pas mais je ne suis pas assez brillant pour étayer mon affaire.

    Trève d’ineptie, ça fait toujours un commentaire à ton billet. ;0)

  2. Un autre gars

    Ouais euh… t pas OBLIGE de commenter sur tous les posts! Y’a peut-etre quelqu’un d’autre qui va avoir quelquechose a dire. Et peut-etre meme que ca va nous interesser!

  3. letapageur

    Un gars: J’ai eu le même constat sur les thèmes après l’avoir écrit. J’étais un peu déçu, ce n’était pas nécessairement ce que je voulais aborder mais j’avais échouer. De toute manière, je ne trouvais pas un bon angle. Pour ce qui est de la marginalité, je suis bien d’accord qu’elle a le dos très large. Ils sont rares les réels marginaux et je ne sais pas si la glorification qu’on fait collectivement d’être dans la marge soit réellement justifiée. Pour ma part, je me considère bien loin d’être marginal.

    Un autre gars: Ça te dérange vraiment suffisamment pour que tu considères pertinent de prendre du temps pour écrire ça?

  4. Gabrielle

    Étrangement, je ne vois pas qu’Un gars commenter les billets… Peut-être ai-je des hallucinations? Ah, ça doit être ça!

    Pour en revenir au sujet…
    Bah j’ai écrit quelque chose, puis j’ai constaté que mon commentaire commençait à ressembler à la conclusion du billet.
    Puis je me suis souvenue que j’avais abordé quelque chose d’«inédit» et je me suis trouvée stupide d’avoir tout effacé.
    (J’espère que vous appréciez que je vous mette au courant de l’élaboration de ce commentaire.)
    Bref, ce à quoi je veux en venir, c’est que je ressens moi-même un petit pincement au cœur lorsqu’un artiste underground que j’affectionne fait un saut dans le mainstream. Ce n’est pas parce que je suis une mélomane snob, mais parce que j’ai trop souvent l’impression que dans l’art très publicisé, le talent devient accessoire. Les disciples de la musique dans l’ombre fermeront les yeux devant les réels mérites du groupe; quant à la populace droguée à Musique+ et autres médias de masse, elle acceptera la plupart du temps ce qu’on lui présente, parce que c’est in, parce que tout le monde aime ça, tsé.

  5. J’ai le même problème. Je déteste être “à la mode”.

  6. Éléonore

    Qui sont donc ces auteurs que tu chéris jalousement ?
    Mine de rien, tu nous mets l’eau à la bouche.

    C’est drôle de retrouver un thème qui me fut cher il y a de nombreuses années. J’ai fais ma maitrise en histoire sociale sur la marginalité. En général, les vrais marginaux, ceux qui ne le sont pas par choix, n’ont pas la capacité de sortir de cet état et ne sont pas heureux d’y être.

    Avoir la volonté de se différencier est différent de se marginaliser. Se différencier c’est se construire une identité, se marginaliser s’est se faire imposer un statut (un étiquette).

    Pour se qui est du rapport à l’auteur, oui nous sommes souvent possessifs et jaloux, quand on aime on s’approprie souvent cet auteur. J’ai vécu cela avec Robin Hobb. Il fut un temps ou c’était notre précieux secret à nous sur les forums de Fantasy, mais voilà elle était bonne et comme la traduction en français de ses oeuvres est de plus en plus rapide, maintenant tout le monde la connait. C’est la vie :)

    Par contre, j’évite de bouder mon plaisir sous prétexte que l’auteur est connu. Aurais-je lu Millénium si je m’étais arrêtté à cela ?

    Très bon ce blog, je vais y revenir !
    ———-

    PS réponse à “un autre gars” est-ce que tu calcules et régimentes les commantaires qu’écrivent les autres ? bizarreeee

  7. letapageur

    Gabrielle: Je pense que tu as là une partie de l’idée que je voulais apporter sans succès, le fait d’être mainstream émousse souvent l’éclat de l’art qu’on appréciait tant, simplement pour plaire à plus de gens ou ne pas choquer ou toute autre raison moche.

    Alyss: Il y a ceux qui se tuent à suivre le courant tandis que d’autres le font en essayant de le combattre.

    Éléonore: Secret! Pour ce qui est de ton point de vue sur la marginalité, je le trouve hautement pertinent. Je pense que tu cernes bien la nuance entre la différence et la marginalisation, les objectifs ou conséquences sous-jacents à cela. Maintenant, et comme tu le mentionnes pour Millenium, il ne faut pas non plus se borner à bouder le mainstream. Parce que dans bien des cas, si quelque chose perce, il y a quand même des raisons.

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