Les tourments de la banalité

Je m’ennuie, la banalité de mon quotidien me hante et me turlupine, le carnassier carcan qui m’empêtre me rend morose et aigri, une bien triste combinaison pour un si jeune garçon.

Mes journées sont aussi remplies que vides, c’est le paradoxe journalier qui m’afflige. J’accumule les obligations tant lourdes que déplaisantes, mon fardeau n’en est que plus pesant puisqu’imposé par ma triste personne. Le fait d’être le seul artisan de mon malheur le magnifie.

Quand tout devient lourd, il y a toutes ces vies, toutes celles que je n’aurai pas, elles me lancinent.

Je pourrais travailler dans une usine de nuit, vivre seul dans un trois et demi où s’entasseraient des dizaines de livres achetés à la bouquinerie du coin. Je reviendrais à 6h am, m’installerais sur mon balcon vêtu d’une petite laine pour combattre le froid matinal, profitant de l’air frais où baigne l’arôme frais caractéristique de la rosée, je m’étendrais sur un hamac, avec une petite bière et piquerais un somme en l’honneur du nouveau jour qui se lèverait. Je n’aurais guère de tracas, paisible.

Ou je pourrais être un étudiant en littérature faussement trendy, la couette frivole, le paletot mince et abimé, planchant sur un sempiternel premier roman. Je me vois remettre des travaux écrits la veille de la date de remise un verre de scotch à la main, manuscrits d’une calligraphie nervurée et excessive, me donnant un air tourmenté. J’aurais un sens de la répartie savoureux, tentant de séduire en citant d’obscurs auteurs, entretenant plusieurs relations libérales avec des filles aux pommettes saillantes et aux seins fermes.

Ou je pourrais être un activiste passionné arpentant congrès et colloques. J’aurais les cheveux en broussailles, les lunettes constamment sales et le front strié lorsque je me lancerais dans des envolées vindicatives. Je sonderais internet jusqu’à tard dans la nuit, me gavant de café noir en préparant divers communiqués. Je serais enflammé, mû d’idéaux séduisants, j’aurais une quête.

Ou je voyagerais autour du globe, découvrant multitude de cultures, rencontrant des gens formidables et affables. J’accumulerais les anecdotes et expériences, le cœur aussi léger que mon pack-sac. J’aurais des amis chers sur les cinq continents, nous nous écririons de longs emails pour se raconter mutuellement et cela nous importerait. J’essaierais de tout voir, repu de vivre une utopie.

Ou je pourrais aussi avoir quelque chose qui m’importerait dans me vie. Juste comme ça.

15 Commentaires

Classé dans Dans ma tête, Frustration, Introspection, Réflexion

15 réponses à Les tourments de la banalité

  1. Toi, tu devrais vraiment aller faire le Chemin de Compostelle en solo. Je suis sûr que t’es fait pour ça (fais le pas avec quelqu’un d’autre par exemple, ça va gâcher ton expérience). Ramasse tes sous et fixes toi ça comme objectif! C’est le temps là… quand ta vie sera devenue trépidante et casée, tu vas avoir moins d’opportunités.

  2. letapageur

    Sérieusement, je suis présentement à la recherche d’un emploi à la fin de mon BAC dans 6-7 mois. Dernièrement, j’ai pris la décision que si je n’avais rien trouver à ce moment, je partirais en voyage. Et là comme ça, je pense que tu viens de me trouver une destination.

  3. Ça te laisse le temps d’apprendre quelques mots d’espagnol et de te ramasser des sous. Pour 2000$, tu pourrais passer 3-4 semaines en Espagne. M’as te dire que ton quotidien goûtera plus jamais la même chose après ça… Moi en tout cas, sortir de mon confort comme ça, ça m’a tellement fait apprécier ma petite vie par après. N’importe quelle personne déprimée ou blasée ou whatever devrait faire ça. Tu pourrais peut-être même rencontrer une petite espagnole ou une allemande pis changer de nationalité? ON SAIT JAMAIS CE QUI PEUT SE PASSER!

  4. Les choix, les fucking choix…

    Coupables de ma dérive, y’en a trop, je veux toucher à tout, est-ce possible de vivre trois ou quatre vies différentes dans une seule vie?

    Je suis incapable d’être précis, je veux être tout mais pour l’instant je suis rien. Faudrait que je me branche, que je trouve mon identité comme le Canadiens de Montréal… ;)

    Les choix, les fucking choix…

    P.S. Merci pour le commentaire sur mon blogue, je t’ajoute à mon blogroll, après avoir lu trois de tes billets tu mérites ta place sur mon “Hall of fame”!!! :)

    Bonne journée new friend.

  5. Toi, m’semble que ça te faut une conquête. Un peu de frivolités dans une vie peut-être un peu trop bien rangée. Il n’y a rien de pire que de savoir exactement que demain sera pareil à aujourd’hui.

  6. letapageur

    Voyou: J’ai passé une partie de la journée à lire sur le web à propos de Compostelle, c’est devenu l’option numéro 1 si pas d’emploi. Et pour le reste, vrai qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer.

    Patrick Duval: C’est effectivement trois ou quatre vies que ça prendrait, une sorte de garantie de ne rien manquer. Parce qu’il y a beaucoup de ça, dans cette difficulté de faire de choix, il y a cette peur de ne pas tout pouvoir vivre.

    Volage: En vrai, je suis d’accord.

  7. On dirait une page récemment arrachée de mon journal intime.
    Par ailleurs, j’ai vu plus excitant que Compostelle comme destination.

    Bises.

  8. Un gars

    … avoir quelque chose qui m’importerait dans ma vie…

    Méchant beau défi ça, n’est ce pas?

  9. letapageur

    Alyss: C’est positif ou négatif, que ça ressemble à un journal intime de fille haha? La virilité d’un blog est tellement discutable… Sinon pour la destination, j’aime le symbolisme de Compostelle et l’idée de marcher longuement, seul avec moi-même. Mais sinon, tu proposes quoi??

    Un Gars: Le genre de défi qui semble anodin mais dont la complexité masquée rend tout si lourd.

  10. Je m’attendais à bien des réponses, mais pas à celle-là. J’ai pris le journal intime comme image. Je n’ai pas de journal intime et je ne pense pas être très “fille”. En tout cas, pas assez pour qu’on pose la question de l’écriture féminine et masculine. J’aurais du dire “pensée tout droit sortie de ma tête”. J’ai le même genre de réflexion en ce moment. Pour ce qui est de Compostelle. Je ne sais pas. Pour moi ce n’est pas une destination. C’est un endroit où l’on va et revient. Je ne sais pas trop comment te l’expliquer. Compostelle n’est pas un voyage, c’est plutôt une quête. Une question que l’on se pose. Si j’avais envie de réfléchir à quelque chose, c’est là que j’irais. Mais si j’avais envie de voir le monde, j’irais ailleurs.

  11. Paul

    Mon gars! Va falloir que je vienne faire un tour a QC, question de foutre le bordel un peu!

  12. letapageur

    Alyss: Ma réponse n’avait pas vraiment rapport après coup. J’ai juste de la difficulté à gérer le fait que je me sens trop souvent girly en écrivant mes états d’âme ici, je vois des trucs là où il n’y en a pas. Il y aurait beaucoup de cette quête, des questionnements intérieurs si je venais qu’à faire Compostelle. Sinon, si je voulais voir le monde, je pense que j’aimerais bien aller en Asie, question de voir une culture vraiment différence.

    Paul: Serait temps là.

  13. Si pélerinage à Compostelle il y a, et que ton chemin passe par Toulouse, et qu’un café (ou une bière) avec une vieille te fait envie (ça pourrait passer pour une bonne action) fais signe. Cela dit, moi j’opterais pour la Chine.

  14. L'Ours

    Si Compostelle est trop loin, je pensais m’entraîner pour faire le parc à vélo l’automne prochain…

  15. Dans le genre “girly”, j’ai vu vraiment pire… ;o)

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