Dimanche dernier, seul chez moi, je me gavais de plantureuses croquettes tout en m’humectant le gosier de grandes rasades de Saporo. Encroûté dans mon divan, je regardais V, l’écran cathodique renforçant mon état catatonique : François-Étienne Paré y animait Devine combien je gagne?, un jeu au concept incroyable où un participant doit tenter de deviner le salaire de dix illustres inconnus postés devant lui.
D’une ronde à l’autre, le concurrent obtient de nouvelles informations et il gratifie l’auditoire de ses savantes hypothèses et remarques sur tout un chacun. Les jugements sont gras, faciles et sans équivoque. Ambivalent entre le vide profond de l’émission et le doux plaisir coupable d’assister à tant de jugements aussi ouvertement étalés, je continue à regarder tout de même.
L’animateur me trouble aussi. Joueur d’impro régulier et talentueux, je l’ai souvent vu à la télévision faire preuve de finesse, d’esprit et d’intelligence. Or de le voir là, visiblement hors de son domaine habituel, jure assurément. Dans cette émission où les tabous sont relégués aux oubliettes, l’hôte n’a pas honte non plus d’être transparent et d’aller chercher un chèque qui, après tout, paiera les fins de mois. Tout dans cette émission me déstabilise.
Il n’en fallait pas plus pour que pour les jours qui suivent, je jauge quiconque croisait mon chemin, évaluant sommairement leur salaire à leur simple allure. Aujourd’hui cependant, je cesse, mettons.
De plus en plus, j’ai conscience de l’importance que certaines personnes de mon entourage attribuent à l’argent. À l’aube de notre carrière professionnelle, moi et mes collègues finissants sommes à la recherche d’emploi. Plusieurs parlent beaucoup de salaire, discutent intensément de revenus, s’enquièrent avec vigueur du taux horaire de ceux qui obtiennent un contrat.
Plus que jamais, on relie performance et revenu. Probable que cela soit normal, je ne fais que constater. La recherche de la performance étant si viscérale, exhiber de hauts revenus revient à étaler une certaine réussite auprès d’une majorité de gens. Et ça, c’est moche.
Parce qu’une fois assuré d’avoir un toit stable, un repas chaque soir, des vêtements pour se couvrir un peu, quelques bouquins pris à la bouquinerie du coin et un petit rouge pris au dépanneur une fois de temps en temps, qu’est-ce qui importe vraiment? Pour moi, c’est d’avoir des amis avec qui refaire le monde, sur qui l’ont peut compter, c’est d’avoir des passions qui nous nourrissent quotidiennement, d’avoir des gens qui nous attendent le soir, à la maison, quelqu’un avec qui partager sa vie, qui nous connait plus que quiconque, et qui sait, peut-être d’avoir quelques bambins.
Parce qu’au fond, les vraies richesses sont celles qu’on aime trop pour simplement exhiber.
Après un certain nombre d’années de vie je peux confirmer que tu as compris ce qui comptait. Purée, je n’ai pas l’habitude d’avoir la larme à l’oeil en te lisant, je dois être fatiguée ce matin.
Entièrement d’accord avec toi, dans le domaine ou je travaille, je ne suis pas riche. Mais à chaque jour ou je me lève, je suis heureux de me rendre au travail. Avant de penser au denier perçu pour ses efforts, il faut tout d’abord aimer ce qui nous les procurent. Malheureusement, de nos jours le superficiel est roi, tant au plan monétaire que physique. Difficile de trouver des gens qui y échappe encore.
Au plaisir.
Rosana: Faudrait vraiment pas avoir de larme à l’oeil pour si peu. Ça doit être le contraste avec Oops qui déstabilise un peu.
Accroc: Avoir la passion pour sa job, selon moi, ça vaut plusieurs piastres de l’heure ça. Peu de gens en tiennent compte dans leur calcul matérialiste lorsqu’ils choisissent leur futur.
Bon. Voilà mon préféré tendre et plein d’émôtions.