Dans un monde où les vedettes meurent aussi vite que tombent les candidats à la chefferie de l’ADQ, le cycle médiatique post-décès est désormais bien huilé. Parce que ça tombe comme des mouches. Michael Jackson, Farrah Fawcett, Ted Kennedy, Richard Poirier, Patrick Swayze. Et puis si, mettons là, on faisait un death pool, ça ne serait pas insensé d’y aller avec Fidel Castro, Jerry Lewis ou Barack Obama.Voyez, tout ça ne fait que commencer.
À chaque fois, c’est le même phénomène à différentes échelles. Le monde entier est inconsolable et chante les louanges de la personne reléguée au noble rôle d’engrais. Et pourtant, c’est l’histoire de la vie, le cycle éternel qu’un enfin béni rend immortel. La ronde infinie de ce cycle éternel, c’est l’histoire, l’histoire de la vie.
Or, on ne semble pas avoir tiré profit des saintes Écritures du Roi Lion. Après le décès du Roi de la pop, plusieurs fans ont décidé de mettre fin à leurs jours, un monde où l’interprète de Ben n’est plus n’étant pas un monde où il valait la peine de vivre. À chaque fois, les gens inondent leurs walls Facebook de R.I.P. et s’attristent bien souvent à propos de gens qui les laissaient assurément froids la veille. Un ou deux chroniqueurs ou bloggeurs vont nous raconter à quel point sa jeunesse a tourné autour de ladite vedette décédée (à qui le tour?).
Des personnes qui ne connaissaient probablement rien de Point break ou Dirty Dancing se disent attristés de la mort de Pat le mullet Swayze. Il y a une hypocrisie un peu moche. Elle était encore plus criante quand les gens contre la réforme des soins de santé aux États-Unis ont tant louangé Kennedy ou bien quand ceux qui traitaient Michael Jackson de pédophile gros comme l’égo de Kanye West qui se sont mis à mettre des bémols à leurs accusations.
On idolâtre des morts pour la simple raison de leur décès, c’est un phénomène étrange dont je m’explique mal l’origine, ça gosse.
Et par leur mort, les gens vont réaliser qu’ils existaient, et vont acheter leurs produits. Je me demande vraiment si les ventes de Dirty Dancing ou bien de mon Fantôme d’amour vont augmenter?
Je ne sais pas si les ventes vont augmenter, mais c’est sur que les clubs vidéo vont se faire louer toutes leurs copies.
Les gens peinés par la mort d’une célébrité sont contents de participer à une “grande” cause collective, ça doit faire vibrer la même corde qui vibre dans les meetings politiques ou sportifs. Ca me rend méfiante et sceptique les enthousiasmes collectifs, on sait ce que ça donne, parfois.
En effet, je pense qu’il y a certainement de ça, un espèce d’effet de masse, un wagon que tout le monde veut prendre. Maintenant, je suis d’accord que c’est louche.
Je suis entièrement d’accord avec tes propos.
Si ça peut expliquer un peu l’engouement pour la mort de Jackson (qui n’est qu’un exemple),
C’est la projection, petit phénomène psychologique, que les gens font vers cette personne. Et Une espèce d’identification à son malheur (sa jeunesse abusé, sa supposée pédophilie dont il a été aquité donc il est vitime..) enfin bref.. Pour Swayze probablement que le Cancer est un gros morceaux dans cette affaire..
Je ne suis pas tout à fait d’accord, parce que ce phénomène existe aussi quand quelqu’un qui n’est pas connu, meurt. Genre le grand-père, le mien, le vôtre, on s’en fout. Là, des gens qui ne lui parlaient jamais au village, vont consoler la veuve. Maudit qu’il était hot le grand-père, c’était tout un homme, bla, bla, bla.
Cette réaction est probablement normale, puisqu’on a tous ou à peu près, peur de la mort. On ne sait pas ce qu’il y a de l’autre côté, peut-être rien du tout. Alors quand quelqu’un disparait, on le canonise presque, parce qu’on ne connait pas d’autres façons de l’immortaliser, qu’il sombre dans l’oubli, ça serait trop triste, ça voudrait dire qu’il pourrait nous arriver la même chose. Être oublié, disparaitre et ne rien laisser derrière soi.
Je pense que c’est tout à fait humain comme réaction.
Moi j’ai mon explication.
Tu rentres dans une chocolaterie. Haaaa! ça sent le chocolat.
10 minutes plus tard, tu entres dans une brulerie. Haaa! Ça sent le café.
Ben les gens sont comme ça.
Haaaa! le pédophile, tuons-le. Il ferait ça à de mes enfants je tuerais.
1 an plus tard , il meurt.
Haaaa! J’aimais donc sa musique.
Ça semble incohérent mais est-ce qu’on reproche à une guitare d’avoir des sons différents sur chacune de ses cordes?
Les gens suivent le mouvement, bêtement comme un mouton qui suit son troupeau. Les gens beuglent ou bêlent. Il passe de la première à la deuxième corde bien facilement, sans cohérence. C’est ça la musique. Bien disons que ça fait cacaphonique parfois, mais ça la plupart des gens sont bêtes. Et je m’inclus là-dedans. Je suis bête mais ça ne m’étonne pas, je suis humain, donc nécessairement un peu idiot.
Je me sens brillant lorsque je réponds à tes billets et pourtant j’ai la certitude que tu l’es davantage que moi.
Ça me fait bizarre.
C’est comme si au tennis tu me renvoyais la balle mollement pour que je la place sur la ligne de fond et que j’en étais conscient.
C’est une impression seulement que je te partage, ce n’est pas une vérité.
Plus j’y pense, plus je vois quelque chose au-delà du mouvement de masse: les gens ont peur de mal paraître. Critiquer un mort, peu importe le mépris ou l’indifférence qu’on lui portait de son vivant, ça donne un air de sans-cœur…
Mais de là à idôlatrer ceux qui ne sont plus… ça me dépasse moi aussi.
So Much: Bien des points intéressants, de l’eau au moulin de la pseudo-analyse faite ici, j’aime ça. Maintenant, je pense que les liens avec ses malheurs et déboires n’expliquent certainement pas tout. Il y a peut-être aussi de la culpabilité. Tant de gens ont rit de lui et une fois sa mort constatée, le grandeur de son malheur a éclaté aux visages de plusieurs et peut-être qu’ils se sont sentis cheap, je ne sais pas, je lance ça comme ça.
Cannelle: C’est vrai que le phénomène est aussi observable à moindre ampleur même si la personne décédée n’était pas une vedette. Il y a donc plus que le vedettariat dans tout ça, j’en conviens. Ainsi la réaction serait en quelque sorte une tentative d’obtenir indirectement la garantie d’avoir pareil traitement à notre mort, ou du moins de ne pas être oublié? Fort probable. Cela dit, même si c’est normale et humain, il n’en demeure pas moins qu’il y a quelque chose de fascinant et d’étrange à première vue dans tout ça.
Gars: Ce serait donc seulement dû au fait que les gens n’ont pas de perspective? Ou du moins une espèce de vision d’ensemble? Ils vivent le moment présent, sont très focussés sur les trucs qu’ils ressentent là là et font fi un peu du reste. Il y a une certaine tristesse, nul besoin de la relativiser, on l’extériorise et collectivement on magnifie encore plus ce sentiment?
Gars (2): Souvent, une fois le post publié, je suis surtout intéressé par le point de vue d’autrui. J’essaie donc de les amener à pousser leurs jugements plutôt que de nécessairement les confronter, ou seulement quand cela sert mon but. En tout cas, c’est ce que je crois faire plus ou moins consciemment.
Gabrielle: C’est vrai que ce phénomène opère. Et pourtant, tout ces gens qui se répandent en fausses louanges ou entrent dans de faux deuils sous prétexte de ne pas vouloir paraitre sans-coeur font assurément preuve d’une certaine hypocrisie. La moindre des choses serait d’avoir un genre de devoir de réserve, je ne sais pas trop. Mais en même temps, faudrait pas non plus commencer à tenter de juger de la validité ou non du deuil des autres. M’enfin, tout est dans l’équilibre j’imagine.