Je ne sais trop comment débuter tout ça, c’est étrange. J’ai l’impression d’émaner d’un coma profond, de surgir des brumes. Voilà maintenant 7 mois que j’avais cessé d’écrire sur la Taverne Silencieuse, parce que profondément blasé, parce que plus rien à dire, parce que je gérais mal le fait que la moitié de mon entourage connaissait l’existence du blog, parce que je radotais presqu’autant qu’un animateur radio.
Faut dire que dans les six mois qui s’en sont suivis, j’ai l’impression d’avoir vécu la période la plus sombre de ma jeune vie. Honnêtement, j’étais foncièrement décalisse. Mon goût pour la vie s’était amenuisé petit à petit.
Principalement, le désarroi constant qui m’habitait émanait du fait que j’avais la quasi certitude d’avoir fait le mauvais choix au niveau de mon orientation scolaire. Après une année et demie en actuariat, il m’apparaissait clair que j’abhorrais profondément la matière, la théorie qui y est reliée, la mentalité ambiante.
Me considérant quelqu’un de passionné, j’étais vraiment angoissé d’être aussi désintéressé pour ne pas dire dégouter par ce qui me semblait à l’époque être mon triste futur. Chaque jour amenait ses petites montagnes que je m’empressais de grossir, obnubilé par le noir que je broyais.
Le plus dur, c’était de faire semblant que tout allait bien. Dans les partys de famille, quand tes oncles et tes tantes s’enquièrent routinièrement de ta situation scolaire et que tu dois feindre que tout va pour le mieux, que l’intérêt est à son maximum et que tes perspectives d’avenir t’emballent, ça devient infiniment lourd, parce que c’est du mensonge.
Je voyais mes collègues de classe s’affairer à leurs devoirs, accomplir leurs besognes avec une diligence qui ne pouvait être autre chose que synonyme d’intérêt et je frustrais, je jalousais. J’enviais ces gens pour qui l’avenir semblait tracée et joyeuse, j’emmerdais leur sérénité tandis que moi j’étais rongé par de profonds doutes.
J’appréhendais devoir dire à mes parents que l’Actuariat n’était pas pour moi. J’avais la chienne de leur dire qu’ils avaient investis dans deux années universitaires dans le beurre, que je ne savais plus ce que je voulais devenir. Je craignais leur réaction. Je ne voulais pas non plus devenir un de ces éternels tergiversants. Pour moi, c’était un lourd constat d’échec, la concrétisation d’hantises que j’avais cru toute ma vie immatérialisable.
De plus, la solitude me travaillait lentement. Partout autour de moi, j’avais l’impression que tous et chacun trouvait la bonne personne tandis que moi, je demeurais piteux, mal famé, à passer des vendredi soirs moches et seuls. Jamais auparavant ce genre de truc ne m’avait atteint, je trouvais d’ailleurs pathétique ce genre de sentiment, mais voilà, je me retrouvais dans cette état des plus moches.
Le pire dans tout ça, c’est que je suis parfaitement conscient du caractère anodin de ces tracas. Alors non seulement je filais un tabarnac de mauvais coton, je me sentais trou du cul de me sentir aussi mal pour des raisons aussi banales. C’était un cercle vicieux de merdicité.
J’avais l’impression de vivre un sempiternel lendemain de veille. Alors que les gens autour de moi pétaient le feu, j’avais le cœur noué et le ventre qui me tiraillait. J’étais amorphe, subissant la vie plus qu’autre chose. Comme j’haïssais mon programme scolaire, je ne faisais pas le moindre effort, ne complétant presqu’aucun devoir, ne me donnant pas la peine d’étudier moindrement, me restreignant au plus que strict minimum.
Évidemment, mes notes chutaient comme la paire de seins moyenne d’une femme traversant la trentaine. Pour la première fois de ma vie, j’obtenais des résultats inférieurs à la moyenne, moi qui avais toujours performé au-delà de celle-ci sans problème. Je commençais à douter de moi, questionnant mon intellectualité, me demandant sérieusement si je n’étais pas qu’un abruti. Je feelais vraiment comme un tas de marde d’avoir de pareils notes, je comprenais un peu mieux les états d’âmes des gens qui en arrachaient au secondaire.
C’est donc sans réel conviction que j’ai commencé mon stage à la fin mai, au sortir d’un examen professionnel que j’avais étudié avec beaucoup d’ardeur, essayant une fois pour toute de me convaincre timidement que je n’étais pas l’idiot que je commençais de plus en plus à croire être (parce que ce n’est pas juste à CKAC Sport qu’on a le droit de construire syntaxicalement nos phrases de même).
Finalement, l’examen se passe bien et j’apprécie mon nouvel environnement de travail. L’équipe est vraiment jeune et le boulot me semble à des milles de la bouilli théorique qu’on tente de nous faire ingérer à l’université. Mes attentes étant résolument basse, je suis plus qu’agréablement surpris.
Le boulot demande constamment de la réflexion. Je crois qu’il s’agit là d’une denrée très rare. C’est peu courant les emplois où il est impossible d’embarquer sur le pilote automatique, je trouve ça vachement stimulant. Les gens sont sympas, les meetings avec les boss où on brainstorme sont affriolants, je me surprends à aimer ça, une vraie gamine.
En même temps, j’ai commencé à écrire un blog parallèle, un personnage franchement sombre, un espèce d’exutoire bloguosphérique, le ténébreux Oops We’re Dead. Écrire mes plus tristes pensées, cracher le négativisme qui me pourrissait l’intérieur avait quelque chose d’infiniment cathartique, de libérateur. C’est là que j’ai réellement pris conscience que j’aime ça écrire, qu’il s’agit là d’un de mes grands loisirs. Si je vivais un continuel lendemain de veille, écrire Oops We’re Dead a été l’équivalent de vomir. Ce fut laborieux et douloureux par moment, laissant à coup sur un gout amer en bouche mais après coup, on se sent franchement mieux. On passe de « plus jamais » à « ah, bientôt ».
By the way, ceux qui parviendrait ici en provenance de Oops, sachez qu’il ne sera guère question de branlette, d’enculage et de drogue, désolé.
J’en suis donc là aujourd’hui, après un été de questionnements intenses. Aujourd’hui, après 3 mois et demi passés en milieu de travail, je suis réconforté quant à mon choix de carrière. Inévitablement, cela me permet d’être bien plus optimiste que j’ai pu l’être depuis plusieurs mois, je me suis délesté d’un poids énorme qui m’incombait constamment sur les épaules.
Je me sens donc prêt à mordre dans la vie, remplis de projet, stimulé, ragaillardi. Ce blog sera donc celui d’un jeune gamin tout joyeux.
C’est de la pitié que tu recherches ?
Ça ou bien du sexe facile.
Tu vis un peu le même questionnement que j’ai eu souvent pendant mon BAC et surtout après mon BAC. À ce moment, deux options étaient disponibles: faire une maîtrise dans un domaine qui commençait sérieusement à m’écoeurer ou recommencer un BAC de quatre ans dans une autre discipline. Finalement, j’ai maintenu la statu quo et j’ai fait ma maîtrise. Même si c’est rushant, aujourd’hui, j’ai réussi à obtenir ce que je cherchais depuis longtemps et je sais que je vais mon nouvel emploi.
Tu le soulignes, ce qu’on apprend à l’école ne sert à rien une fois rendu sur le marché du travail. C’est un des tristes constats qu’on fait en sortant de nos livres…
Lâche pas, ça vaut la peine de suer!
@gui92: Plutot gratuit et inconstructif comme commentaire non?
@gui92 Hater
Je travaille sur le long terme. Je crois que mes critiques rapporteront leurs fruits éventuellement.
http://tavernesilencieuse.blogspot.com/2008/05/dcrochage.html
Je viens de Oops.
Je réalise que la façon dont tu as terminé Oops fait en sorte que mon intérêt s’est perdu je ne sais trop ou?
C’est comme lire un livre qui au début semble prometteur et que la fin laisse à désirer ce qui a un effet sur l’intérêt.
Bonne route.
Gars: Okay.
J’ai aussi vécu la chute de note à l’université… ça fesse fort.
Que dire sinon que j’ai suivi le fil ‘tapageur’ (somme toute discret hein) de chez moi en passant par la sangsue … et que je suis ravie de retrouver un blog de toi …